La limite cognitive des politiciens


En 1995, alors que GWR était réélu maire d’Antananarivo, le traitement des ordures était un problème crucial, tant au niveau des ramassages que de son traitement par la suite. Deux tendances se sont alors opposées à l’époque au sein de la mairie :

Des gasy dociles au service d’un bienfaiteur de la patrie

– La vision française, sous l’impulsion de la Banque Mondiale, qui voulait absolument sous traiter à des privés l’enlèvement des ordures, pour que la mairie n’ait plus à gérer son parc de camions, sans que le financement des paiements des prestataires n’ait été résolu. A l’époque, l’idée de fond était de détruire la capacité opérationnelle déjà faible de la ville et de proposer comme solution que les gentils français vont aider directement les finances de la mairie, jusqu’à ce que les impôts recouverts soient suffisants pour payer les prestataires. Le leitmotiv de la privatisation, encore et encore!
– une solution plus holistique, proposée par les japonais, par le tri et la valorisation des ordures en biogaz, en engrais stérilisé, et en production d’électricité par incinération … pour que la vente des valorisations permettent à la mairie d’être autonome, voire bénéficiaire dans le traitement des ordures.

Alors que je soutenais cette deuxième solution auprès du maire et de ses proches conseillers, la réponse à été cinglante : ny frantsay lesy mametraka vola izao dia izao fa ialahy sy ny japs izany mbola any ankibon’ny omby sady lazain’ny frantsay fa izany recyclage izany tsy mandeha mihitsy na any aminy aza. Je n’ai pas pu verbaliser l’ensemble des grossièretés qui me passait par la tête à l’époque, mais c’était ma première leçon concernant la petitesse de vision des politiciens, même de ceux que je pensais être intelligents. Depuis, les faits ont systématiquement confirmé que, dans une situation politique, face à des contraintes difficiles, même des personnes sensées, s’auto-renforcent leur imbécillité une fois réunies en groupe.

Mais le plus malheureux dans cette histoire est que jusqu’à ce jour, c’est cette logique mercantile et courtermiste de la Banque Mondiale qui continue à s’imposer. Et l’interprétation non dite, mais latente et permanente de nos PTF est celle-ci : « Vous n’êtes que des macaques endimanchés mais sous développés, incapables de faire payer correctement les impôts et de saigner jusqu’à en mourir chacun de vos contribuables, donc vous n’êtes pas capables de gérer une structure qui génère des bénéfices. Soyez d’abord des serviteurs dociles de notre système de pensée et vous seriez considérés en conséquence plus tard. Mais surtout soyez certains qu’intellectuellement (et cérébralement d’ailleurs) vous n’êtes pas encore (et ne le seriez jamais) capables d’indépendance !« 

Si j’abonde à 100% sur le fait que, chaque citoyen qui bénéficie des infrastructures d’une ville doit participer à ses entretiens, en payant des impôts ou par d’autres manières, le démembrement et l’affaiblissement systématique des structures administratives au bénéfice de la logique de marché est une démarche CRIMINELLE de la part de ceux qui prônent la supériorité idéologique du libéralisme et de la mercantilisation de toute organisation. Il est temps de voir plus loin et de raisonner en terme de décennie voire en siècle.

A ce titre, je plaide qu’un plan de développement sur minimum 20 ans soit réfléchi avec l’ensemble des parties prenantes dans le développement des grandes villes chez nous et que les élus s’en tiennent STRICTEMENT à la mise en oeuvre de ces projets, en attendant de remettre sur pied un système administratif solide, opérationnel et effectif.

Quand 25 ans plus tard, je vois comment madame Ravalomanana laisse les vendeurs construire des structures en dur sur les trottoirs, prostitue chaque m² de parking aux vendeurs de voitures d’occasion, et que le conseil municipal laisse faire une telle gabegie, ça ne fait que confirmer ma conclusion concernant l’incapacité analytique des politiciens face à des contraintes difficiles.
On ne peut qu’en conclure que le système d’élection de représentant qui permet à des incompétents de prendre des responsabilités politiques a atteint ses limites dans la gestion de nos villes puisque les organismes structurants et ceux de contrôles sont inopérants et incompétents.

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