Est-ce qu’on veut vraiment poser les bonnes questions à la BM?


J’ai toujours cru que dans des grandes institutions multilatérales comme la Banque Mondiale, les réflexions sur les sujets importants faisaient l’objet de plusieurs analyses stratégiques et que ces analyses étaient synthétisées par des super cadors avec des connaissances et des expériences mondiales multiples. Donc, au bout d’un certain moment, si c’était le cas, elles devraient savoir résoudre un problème ou du moins être parmi les meilleurs experts en la matière, surtout quand les objectifs annoncés sont précis comme :
– réduire à 3 % la proportion de personnes vivant avec moins de 1,90 dollar à l’horizon 2030 ;
– favoriser, dans chaque pays, la croissance du revenu des 40 % les plus pauvres. 

A mon humble avis, pour arriver à de tels résultats, une stratégie et les suivis et analyses qui vont avec doivent porter sur les efforts de cohérence systémique (où on travaille, avec qui, avec quels moyens, quels sont les  SWOT…) afin que les actions, à la fois au niveau de la structuration du système et l’opérationalisation de chaque secteur composant puissent travailler de façon, sinon synergique, au moins coordonnées. L’évolution se fait alors par une amélioration continue du système et de ses différents composants pour tendre le plus rapidement possible vers les objectifs annoncés. Trivialement, un mécanicien parlera de moteur bien calé.

Prenons maintenant l’exemple de Madagascar puisque c’est le sujet qui me tient à cœur aujourd’hui. Pour atteindre les deux objectifs annoncés plus hauts, la BM travaille sur le développement agricole chez nous. C’est qui est normal et intuitif dans un pays essentiellement rural à ce jour. Si on se penche alors sur ses publications sur le sujet depuis 2011, (agenda, rapports, synthèses, atelier de restitution, etc), elles rapportent de façon constante les remarques suivantes :
– On analyse les différents composants du secteur agricole mais le problème est systémique par conséquent la solution aussi doit l’être. Mais comme la résolution de la situation systémique est politique et que le pouvoir politique à Madagascar tergiverse (pour rester sur les formulations diplomatiques de la BM) alors les « experts » ne peuvent pas imposer leurs visions car le pays est souverain dans ses décisions. C’est une façon de se défausser en cas d’échec pour dire on a fait ce qu’on a pu mais…
– Le marché étant encore et toujours l’objectif principal, tous les efforts consistent donc à accéder à ces marchés, et si possibles aux marchés internationaux, qui sont beaucoup plus larges et plus importants que les marchés locaux. On est là, toujours sur une vision très mercantile et libérale du monde économique.
– il existe plusieurs solutions de production (la plupart du temps mises en oeuvre par les privés) mais c’est technique, ça nécessite de la compétence et de la formation et par conséquent il faut commencer par la formation de formateur au niveau des actions publiques et l’aide direct auprès des privés sur le plan opérationnel.

Personnellement, quand je lis ceci depuis 2010, je suis convaincu que dès sa structuration, le raisonnement est fondamentalement orientée vers une impasse même si on essaye de louvoyer en chemin.
Aujourd’hui, il n’y a plus un seul économiste sérieux au monde qui ose prétendre que le principe économique du « trickle down » existe. C’est une construction de pensée qui n’a JAMAIS été vérifiée. Autrement dit, il est aujourd’hui démontrer qu’une économie tirer UNIQUEMENT PAR LA DEMANDE DU MARCHE NE PEUT PAS ÊTRE ÉQUITABLE dans la mesure où  forcément une telle économie finira par la domination des opérateurs privés et par la concentration de richesse entre les mains de quelques entrepreneurs et quelques financiers. Les seules mains invisibles qui existent ce sont les mains des lobbyistes et des gros financiers sur les marchés.
Là, il n’est pas question de guerre d’école mais de réalité, c’est ce que le monde a vécu ces 150 dernières années, confirmée par la très grande concentration de la richesse mondiale actuelle entre les mains de quelques personnes.

Ainsi, si on veut vraiment aider les plus pauvres et les paysans, il faut se demander comment ils peuvent valoriser de façon durable leur unique capital, leur terre ; comment la répartition des bénéfices de leurs productions peut être équitable, et comment ils peuvent structurer leurs charges en attendant une indépendance financière. CE SONT LES VRAIS PROBLÈMES DES PAYSANS. Et là, la réponse n’est pas l’accès à un marché bien sur mais la mise en place d’un système qui permet au paysan de supporter ses charges afin qu’il puisse travailler sereinement sur son apprentissage ou amélioration professionnelle. Autrement, l’instinct de survie fera qu’il détournera les moyens à  sa disposition tant que sa situation familiale sera précaire.

En suite, le raisonnement qui consiste à orienter les paysans sur une monoculture, à moins que la culture ne soit pérenne (arbres fruitiers, baies roses, …) est aujourd’hui quasiment considéré comme criminel tant les effets des labours successifs et des amendements chimiques sur la terre sont néfastes . Donc la logique de marché doit être multi-produits car la rotation de culture est une obligation pour le paysan. Il lui faut donc le temps et les compétences nécessaires pour apprendre à produire les quantités et les qualités requises pour chaque marché. On parlera alors de portefeuilles de produits.

Et si on cherche vraiment l’équité, la meilleure façon d’y arriver est de développer la participation des paysans dans les industries de transformation et de valorisation de leurs produits. Autrement dit, une construction de valeur cohérente entre la transformation et ce que la terre peut produire.  Pour ne citer que ce que je connais :
– Agrival et LFL qui fait produire du maïs et du soja pour leur provenderie.
– LMM (Les moulins de Madagascar) qui fait produire du blé pour sa minoterie pour produire de la farine à Madagascar,
– Obio Hamy qui fait produire du manioc pour produire de l’éthanol combustible à Madagascar;

Je me pose juste des questions mais je n’ai plus ni le temps ni l’envie d’argumenter avec toutes les grosses têtes de la planète. Je partage ma vision et mon analyse au cas où cela pourrait apporter quelque chose à ceux qui réfléchissent sur le sujet, mais je n’attends plus rien de qui que ce soit qui reste, ou qui se trouve derrière son bureau. L’action est sur le terrain et, il n’y a que ça qui m’importe aujourd’hui.

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4 commentaires pour Est-ce qu’on veut vraiment poser les bonnes questions à la BM?

  1. eltrigo dit :

    Comment peux tu etre surpris que des gens qui sont des libéraux congénitaux, puissent proposer autre chose que des approches purement libérales ? Sans compter leur attachement indéfectible aux intérêts de Monsanto, Sygenta,…

    • andrianjorar dit :

      Paul Romer, qui est aujourd’hui l’économiste en chef de la BM, est l’initiateur de la notion de développement endogène. Il n’est pas vraiment ce qu’on appeler de libéral je crois.

      • eltrigo dit :

        J. Stieglitz a aussi été l’économiste en chef de la BM. L’économiste en chef est malheureusement principalement là pour faire joli, et indiquer une vague ligne de conduite générale. Ensuite, sur le terrain, l’utltralibéralisme le plus pur continue son œuvre… Malheureusement !

      • andrianjorar dit :

        Malheureusement les faits, du moins chez nous, confirme que ce n’est pas loin de la vérité.

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