Nos dirigeants peuvent-il répondre à nos attentes?


Ce week-end, trois situations différentes m’ont interpellé:

  • Face à tous les problèmes et les bourdes des gouvernants, on se rappelle que de toute l’histoire du pays, l’actuel PRM est probablement celui qui s’est préparé le moins à prendre le pouvoir. Ce qui a amené certains à le surnommer Numnumérobisérobis, le gentil architecte qui construit tout de travers dans « Astérix et Cléopâtre ». Le patronyme semble également convenir comme un gant à celui qui a été le candidat de remplacement de la dernière minute de l’équipe dirigeante de la transition. Je me demande alors si une telle équipe, qui passe son temps à jouer les pompiers, a eu le temps de réfléchir, ne serait-ce qu’un moment, sur le chemin que doit emprunter la nation pour prendre la voie d’un développement durable et conforme aux attentes des citoyens.
  • De mémoire d’électeur, jamais le taux de participation à un scrutin n’a été aussi bas à Antananarivo. Est-ce juste une conjonction de situations ou une tendance lourde? Difficile d’y répondre, mais on se demande si, cette fois-ci, la distanciation entre les citoyens et le système qui est sensé leur permettre de gérer leurs élus a été définitivement consommée par ce refus flagrant du public du système? Autrement dit, est-ce que les élections ont toujours un sens si les électeurs refusent d’y participer?
  • Je suis tombé sur une conférence de France Gestion de 2014, avec Laurent Alexandre et Nicolas Bouzou concernant les conséquences des nouvelles technologies sur l’économie mondiale à venir. Ils y annoncent une destruction massive des emplois du modèle économique du 20 ème siècle par les nouvelles technologies du NBIC (Nanotechnologie, Biotechnologie, Informatique et science cognitive) et la nécessité d’une mutation de la société où les technologies et les intelligences artificielles vont chambouler et mettre à mal les fondements de nos civilisations. Comment nos dirigeants peuvent-ils faire face à une telle situation?

En résumé, on peut se demander comment un parti politique qui doit se soucier de sa popularité pour se faire élire ou réélire et pour accéder ou rester au pouvoir, peut se donner les moyens intellectuels nécessaires pour analyser les défaillances de notre système politico-économique? Et comment on peut joindre les activités politiciennes d’un parti aux réflexions nécessaires pour anticiper la trajectoire que nous devons suivre pour faire face à l’ouragan technologique dans lequel nous sommes entrés de plain pied depuis le début de ce siècle.

Dans ce post, l’exercice ne consiste pas à médire bêtement sur « Numérobis » et son équipe, qui aurait pu entamer, comme il l’a annoncée dans son discours copié-collé, une rupture importante par rapport aux mauvaises pratiques de ses prédécesseurs.
Nous allons plutôt essayer d’expliquer pourquoi aucun parti politique, en restant dans la quadrature politico-économique actuelle, n’aurait été capable de répondre à ces attentes.

De la vision et la politique nationale.
Dès politiques d’ajustement structurel renforcé, en passant par le MAP jusqu’à l’actuelle PND, la pratique a été invariante : demander à la va vite à des consultants de pondre un document pour répondre aux exigences des bailleurs de fonds, afin de débloquer rapidement des financements pour pouvoir les dilapider aussi tôt acquis. Et les visions qu’on y trouve sont de tout temps les mêmes banalités qu’elles ne méritent même plus le prix de l’impression des documents : lutter contre la pauvreté, sortir de l’illettrisme, bonne gouvernance et démocratie pour tous. Cela fait 30 ans que nos visions politiques successives se résument en deux lignes sur un papier A4 dactylographié !!
Et tant que la stratégie gouvernementale ne consisterait qu’à débloquer des aides extérieures pour pouvoir prétendre à des réalisations propagandistes à court terme et non à se concentrer sur la façon dont nous devons faire face à l’avenir sur le moyen et long terme, on va s’engluer dans des politiques de gestion de notre misère sans aucune autre ambition.
Pour couper court à ceux qui veulent traduire de travers ce que je dis, il ne s’agit pas non plus de réfuter les aides extérieures mais de les inscrire dans notre vision de l’avenir et non l’inverse.
Une piste pour y arriver est de pouvoir réunir les têtes pensantes de la nation pour être une force de proposition PERMANENTE pour les dirigeants. Pour cela il faudrait commencer par mettre en oeuvre le conseil économique, social et culturel (CESC) prévu par l’article 105 de la Constitution de la République sans en exclure l’examen des lois de finances (comme prévu dans cette constitution plus que bancale). Ce conseil, qui doit être totalement indépendant du pouvoir exécutif, législatif et des partis politiques, doit être à la fois un siège pour les experts élus par leurs paires en partie et sélectionnés pour leurs compétences pour une autre partie, mais aussi un réceptacle des propositions citoyennes.
Ce serait un mix du Congressional Budget Office américain avec le PGDI et le CREAM,  pour être un organisme d’analyse mais également une force de proposition pour l’Assemblée Nationale et le gouvernement dans le domaine économique et social.
Un tel conseil intelligent serait bien plus utile qu’un sénat qui ne serait qu’un deuxième dépotoir des politiciens à la charge des contribuables.

De la mise en oeuvre des réformes.
Si les gouvernement successifs ont pu mettre en oeuvre ne serait-ce qu’un dixième de ce qu’ils ont annoncé dans leurs programmes, peut-être aussi que nous ne serions pas en train de répéter les mêmes litanies dans nos programmes politiques. On met en cause systématiquement la faiblesse des moyens et des pouvoirs des organismes de contrôle des dépenses publiques, qui incite à la gabegie des dirigeants. Ce qui est vrai. La mise en oeuvre du CESC proposé plus haut est une partie des réponses possibles.
Une  manière supplémentaire d’y remédier à l’immobilisme politique consisterait à inverser la structure administrative pour la rendre plus logique : laisser plus d’initiatives et les moyens y afférents aux structures décentralisées afin que le pouvoir central ne se concentre que sur le contrôle légal et financier ainsi que les grands travaux structurants. On donnerait ainsi plus de pouvoir aux contrôleurs et on inciterait tout le monde à plus de créativité et à plus de responsabilité. Les concurrences et les émulations inter-régionales contribueront à inciter les différents responsables à être plus performants. On éviterait également ainsi que les moyens de l’état soient utilisés à des fins électoralistes.
Une telle réelle décentralisation inciterait de la même manière une plus grande implication citoyenne en rendant notre démocratie plus directe, plus responsable et plus participative que le mode actuel de représentation qui ne correspond et ne répond plus à rien du tout.
Notre parti le Malagasy Miara Miainga a fait une proposition de loi pour aller dans ce sens mais que le gouvernement actuel s’est empressé d’enterrer parce que ce n’était pas la sienne. Pour éviter ce genre d’idiotie, la société civile doit organiser, non pas une conférence, mais un calendrier d’ateliers et de travaux, pour que tous le monde puisse y apporter son grain de sel et qu’on fasse la meilleure proposition de loi possible avec l’ensemble des composants et des règles qui doivent faire tourner ce système.  En effet, je réitère que, quelles que soient les compétences qui peuvent exister au sein d’un parti politique, qu’il soit au gouvernement ou pas, elles ne pourront jamais être aussi bonnes que l’ensemble des experts et professionnels du sujet.

Répondre à la mondialisation. Si les nouvelles technologies peuvent être destructrices d’emplois dans les sociétés qui ce sont structurées en fonction des technologies précédentes, elles constituent pour nous une occasion de faire un saut important dans le rattrapage de ce sociétés avancées. Ainsi la facilitation de l’accès à la santé grâce à la nanotechnologie, l’amélioration de la production agricole par la biotechnologie, la robotisation des tâches administratives ou même l’utilisation de l’intelligence artificielle pour exécuter des tâches plus complexes comme dire le droit dans un palais de justice, nous feront faire des sauts quantiques comme nous ne l’avons jamais pu espérer auparavant.
Contrairement aux sociétés occidentales donc, l’avènement des NBIC est non seulement une chance de rattrapage socio-économique pour nous mais en plus, elles seront créatrices de richesses et d’emplois. Mais pour cela il faut que nos dirigeants soient capables d’intégrer ses NBIC dans notre société avec intelligence et audace.
La société civile doit également jouer son rôle de rassembleur et d’agrégateur comme il a été décrit pour les collectivités territoriales décentralisées dans le paragraphe précédent.

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5 commentaires pour Nos dirigeants peuvent-il répondre à nos attentes?

  1. eltrigo dit :

    Au moins, il y a des gens qui réfléchissent ! Si j’adhère volontiers au chapitre « De la vision et la politique nationale », j’ai plus de mal à vous suivre sur la décentralisation. Ce sujet est très complexe, et nous avons vécu en France des améliorations et des dégradations selon les sujets et les problèmes. En particulier, je dois vous dire que la décentralisation a augmenté la corruption dans le domaine de l’immobilier en particulier ! Madagascar n’en a vraiment pas besoin… Enfin, je reste très septique sur les concepts globaux et futuristes… NBIC après le mot miracle précédent qui était NTIC (pas loin…). Loin de vouloir fermer les yeux sur des visions à long terme, il me semble toutefois plus urgent de s’atteler à des problèmes basiques toujours non résolus, qu’ils soient agricoles ou industriels, qu’ils relèvent de la formation ou de l’organisation, qu’ils touchent à l’énergie ou aux ressources minières,… C’est moins sexy bien sûr !

  2. andrianjorar dit :

    Détromper vous, beaucoup réfléchissent, mais ils n’ont pas le temps de coucher par écrit ce qu’ils pensent.
    C’est sur que la décentralisation n’est une panacée magique et a surement des côtés négatives également. Mais raisonnement se base plus sur des intuitions que sur une science exacte :
    1. Si le contrôleur (l’Etat central) est plus puissant que les contrôlés (les autorités décentralisées), il devrait être plus facile d’attraper les fraudeurs que dans le cas inverse. Mais aucune preuve que ce soit vrai.
    2. Si on fait abstraction des fraudes, normalement les autorités décentralisées doivent savoir mieux les attentes des citoyens qu’un pouvoir dans sa tour d’ivoire. Encore une fois ce sont des suppositions tant que l’on n’a pas de preuves tangibles.

    Concernant les nouvelles technologies, c’est pire, je fais des conjectures sur des anticipations, donc effectivement, sans être aussi abstrait que Star Wars, ça reste des « rêveries ». Ceci étant le développement du mobile banking à Madagascar (payement par téléphone) semble dépasser les anticipations de tout le monde donc, pourquoi ne pas rêver?

    Mais il est vrai qu’on doit d’abord faire face à l’essentiel et là dessus, je pense que donner plus de pouvoir aux compétences et améliorer le système de contrôle ne serait pas du superflu

  3. D’autant plus qu’on n’attend pas grands choses, juste : le riz quotidien (pas de pizza ni hamburger), un toit (pas de villa avec domestique), une école pour nos enfants (ni Esca ni St Michel), des soins (un hôpital public avec des moyens décents) et du travail pour financer le tout (ni mendicité, ni aides d’urgence de la communauté internationale)
    Pour le travail : les malgaches se nourrissent de riz, 75% de la population sont paysans, voilà un secteur où on peut embaucher… malheureusement la population paysanne est méprisée alors qu’elle a les mêmes attentes minimales ci-dessus… Combien d’ingénieurs agronomes travaillent réellement dans leur spécialité à Madagascar ? Idem pour les médecins ?

  4. Ndriana dit :

    fa ho an’iza moa izao lahatsoratra izao e ?
    hiantefa rahoviana any amin’ny olona tokony hiharany ireo hevitra natsipy ireo ? sa ny avaram-pianarana mahay mandahatra teny frantsay ihany no tianareo hiresahina fitsinjaram-pahefana eto M/kara ?

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