Il faut un autre modèle de développement


Vous vous êtes surement rendu compte à quel point il est difficile de faire entendre raison à des personnes qui sont fortement ancrés dans leurs croyances, et comment cette psychorigidité augmente quand la personne se sent confortable dans sa posture. Essayez par exemple d’expliquer à Eric Zemmour et ses adeptes que les étrangers ne sont pas les sources de la délinquance et de la déliquescence sociale en France.
C’était tout aussi difficile de persuader les occidentaux d’il y a deux siècles que l’esclavage, n’est pas un système humainement soutenable. Il en est de même pour les prédicateurs du modèle du capitalisme et du libéralisme conquérant, qui se permettaient de scalper sur la place publique au nom de la liberté d’entreprendre, toute idée ou philosophie déviante de la leur.
Il faut cependant noter qu’on le veuille ou non, que si les problèmes de développement et de pauvreté dans le monde pouvaient être résolus par ce modèle dominant, le FMI et la WB n’auraient plus sa raison d’être depuis 50 ans. Pour ceux qui ne le savent pas encore, ils n’ont pas encore  résolu le problème.pope-francis-some-people-continue

Ce blog ne prétend pas détenir la vérité, mais nous incite, à requestionner les ordres établis surtout quand ces derniers ne fonctionnent pas. Aujourd’hui, je fais une suite du post concernant le devoir des intellectuels sur ce même blog.

Ainsi je reprends : le modèle économique dominant dans le système capitaliste est le trickle down. En simplifiant, on donne l’argent et les moyens aux riches et éduqués pour qu’ils créent des emplois pour les moins riches et moins éduqués qui seront heureux de servir les premiers. J’ai déjà eu l’occasion dans le post Amalgame politique et économique d’emprunter une expression de Stiglitz quand il affirme que « nous sommes dans une économie dénaturée » qu’il faut revisiter très rapidement.
Ce système a bien sur des outils intéressants (injection massive de capitaux dans l’économie, création d’emplois directs pour les nouveaux esclaves moins instruits, influence rapide sur les indicateurs standard, ..), mais outre la perversion du système par ses adeptes, même si la version parfaite de ce modèle pouvait exister, elle aurait aussi une limite qui est inhérente au concept lui-même : la fragilité du système. L’industrie automobile aux Etats-Unis, la métallurgie en Europe, mais plus près de nous, les zones franches et l’économie touristique à Madagascar en sont les preuves irréfutables. Quand un grain de sable enraye le mécanisme de l’industrie motrice, c’est toute l’économie d’une région, si ce n’est d’un pays, qui tombe par terre avec le désastre social qui vient avec. C’est ce qui attend Ambatovy et Ehoala dans 30 ans si on reste sur le même modèle. Le vice humain maintiendra le tourisme sexuel pour vieux pervers à Nosy Be et quelques « méchouis humains » rééquilibrera l’ordre social de temps à autres, mais ce modèle de tourisme restera toujours précaire et fragile. Même avec deux neurones connectés, on peut se douter que ce genre de système NE PEUT être résilient.

Le palliatif qui consiste à passer par des ONG pour remédier aux lacunes du modèle n’est pas mieux. Des terme de référence mal définis, des indicateurs qui n’ont pas de sens, des prestataires qui se sont mus en chasseurs de budget, des concepteurs de projet qui ne savent strictement rien de leur sujet, des bénéficiaires qui sont devenus sceptiques, incrédules et même défiants à force de voir des projets inefficaces. Je ne vais pas refaire pour la énième fois le procès de tous les projets ruraux financés par le FIDA ou ceux de la Conservation International dans la protection des aires protégées, mais ces projets sont les exemples types de la psychorigidité des dirigeants qui sont incapables d’apprendre de leurs erreurs en reconnaissant leurs échecs. Le dernier rapport de CI est d’ailleurs édifiant à ce sujet : il transforme 20 ans de débâcle et d’échec (on perd tous les ans des milliers d’hectares de forêt depuis qu’ils sont là) en une réussite retentissante et continue!

On ne peut pas en vouloir à des aveugles de ne pas pouvoir dessiner ce qu’il ne voit pas, par contre, ne pas reconnaître ses erreurs de la part de personnes qui cherchent à résoudre un problème aussi important que le développement ou la préservation d’un milieu écologique, est un crime contre l’intelligence humaine si ce n’est contre l’humanité. En effet, chaque année, la misère et la pauvreté dans le monde font surement souffrir plus de monde que César, Hitler, Staline, Pol Pot et Georges Walker Bush réunis.

Il est alors plus que temps de se demander si nous sommes susceptibles de trouver un nouveau modèle de développement qui soit capable :
1. d’apprendre très rapidement des erreurs, de façon objective et factuelle, pour s’améliorer dans la façon d’atteindre les objectifs fondamentaux;
2. de comprendre ce qui motivent les décisions de toutes les parties prenantes pour atteindre les objectifs requis par les bénéficiaires;
3. de construire sur le long terme et de façon durable et non en fonction des contraintes et des indicateurs administratifs en provenance d’une exoplanète;
4. dans un premier temps, de se passer des systèmes d’aides classiques, le temps de permettre aux décideurs de ces institutions et organismes de se sortir de la limite étriquée de leur vision;
5. d’impliquer et motiver les intellectuels et les compétences nécessaires à faire face aux problématiques des citoyens qui sont les premiers concernés par le développement.

Les intellectuels et les compétences de ce pays doivent faire preuve de cohésion pour montrer qu’il existe d’autres formes d’intelligence socio-économique que celles qui ne marchaient pas jusqu’alors, et surtout pour démontrer que l’indépendance d’un pays ne se décrète pas par des fêtes et des inaugurations, mais se démontre pas des faits et des actes. Les rwandais, les équatoriens, les boliviens, les mauriciens et tant d’autres l’ont fait, pourquoi pas nous, ou bien serions nous une sous race d’une peuplade inférieure?

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8 commentaires pour Il faut un autre modèle de développement

  1. Radison dit :

    En tout cas il ne faut pas dépenser du temps pour trouver un modèle de développement! Même le développement durable est une notion difficilement applicable car on ne sait plus sur quel bout prendre pour atteindre une forme de développement si théorique soit-il! Une conclusion est sûre pour se développer au vu de certains pays sus cités comme ayant « réussi », il faut savoir gérer durablement les ressources existantes pour pouvoir se développer.

    • andrianjorar dit :

      Qu’on se comprenne, la construction de modèle dont je parle ici ne consiste pas à pondre des équations mathématiques pour légiférer sur ce que devrait faire les hommes mais justement de mettre les hommes et femmes au centre des décisions qui les concernent

      • Radison dit :

        Quel que soit le modèle, c’est une idée à bannir complètement car c’est l’erreur commise de plusieurs pays dits avancés ou développés ! Donc cherchez un autre vocable car un modèle n’existe pas!

  2. Sur le point 5. « impliquer et motiver les intellectuels et les compétences nécessaires à faire face aux problématiques des citoyens qui sont les premiers concernés par le développement ».
    Il y a une voie en cours du coté de la Grande Bretagne et que je pense qu’il va dans ce sens et ne s’eloigne pas trop de ce que nous Malagasy connaissons, à savoir le fokonolona. Les detracteurs disent que c’est « un verbiage destiné à cacher un retrait profondément préjudiciable de l’État de ses responsabilités envers les plus vulnérables ». Mais ca me va tres bien car nous n’avons pas pour l’instant le moyen de faire du social.
    Il s’agit de ce qu’ils appellent « Big Society » et qui consiste à (extrait de wikipedia):
    – Donner plus de pouvoirs aux communautés (localisme et décentralisation);
    – Encourager les personnes à s’engager activement dans leur communauté (bénévolat);
    – Transférer des compétences du gouvernement central vers les autorités locales;
    – Soutenir les coopératives, les mutuelles, les associations charitables et les entreprises sociales;
    – Publier les données publiques (open government).
    SOUMIS A VOS CRITIQUES … CONSTRUCTIVES.
    Soavà
    Dany

    • andrianjorar dit :

      Oui Dany, sauf que rien ne nous empêche de le faire de par nous même sans attendre qui que ce soit. En tout cas, le futur amha ne pourra se faire qu’avec une vision commune dans laquelle tout le monde participe et y trouve équitablement sa place.

  3. TSIMISANDA Henri Michel dit :

    Bien content de vous retrouver sur ce sujet éternellement actuel.
    Et bien évidemment, nous avons tous raison sans être pour autant contents de nous.
    Pour ma part, en attendant le grand déclic qui nous amènera finalement à être nous-mêmes et pas ce que l’on nous a mis dans la tête, je balaie la portion de rue devant ma maison sans attendre la voirie qui ne viendra pas, je remblaie les fondrières et arrose pour réduire les nuages de poussière, je passe des heures à écouter les gens, à questionner et à échanger pour que finalement tout un chacun se rende compte que c’est la culture de l’aide qui nous maintient dans la dépendance et que la meilleure aide que l’on peut apporter à ce pays de la part des « donneurs », c’est de lui foutre la paix afin que nous-mêmes nous sortions de notre paralysie mentale: celle d’avoir une tête mais être convaincu qu’elle ne vaut pas grand-chose ou que celle des autres est toujours meilleure.ou qu’il faut être compliqué pour être intelligent, au point de s’égarer soi-même.
    Redevenons simples, redevenons nous-mêmes, c’est-à-dire, soyons tout simplement des Gasy.

    • andrianjorar dit :

      Bien sur que la démarche ne peut pas sur une seule et unique dimension et qu’il est aussi important de travailler autant sur la dimension « quantique » que celle « astronomique » mais ceux qui comme nous savent lire, écrire, entendre et analyser doivent partager ce qu’on sait pour donner aussi l’exemple à notre niveau. Sur ce, je suis entièrement d’accord avec la vision de Rifkin ci jointe

    • Radison dit :

      Oui Tsimisanda, soyons tout simplement Gasy sans modèle venu d’ailleurs!

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