Pourquoi Ravalomanana a failli là où les autres « dictateurs » ont réussi?


Ravalomanana, dans un certain sens, a failli être le dirigeant autoritaire éclairé qui allait sortir notre pays de sa pauvreté endémique. Il était annoncé comme étant le charismatique leader gasy que la nation attendait depuis 42 ans. Mais au bout de sept ans de règne sans partage, Dieu en a eu marre que le « Kid d’Imerikasinina » use et abuse de son nom à longueur de temps sans tenir parole, et il a décidé d’envoyer le chantre du leadership au purgatoire en attendant son enfer ou sa délivrance. Eh oui, mon Dieu à moi il est comme ça, pas méchant mais taquin, surtout envers ceux qui prétendent parler en son nom sans avoir la moindre idée de ce qu’est la spiritualité. En attendant le « Kid d’Imerikasinina » peut toujours relire sa Bible pour essayer de comprendre son sens premier.
Quant aux plus résignés, ils  y ont vu une main de la France qui a puni celui qui n’a pas voulu faire son serment d’allégeance au Quai d’Orsay. Il y a probablement un petit coup de pouce français dans le dernier acte, mais les acteurs du putsch sont des malagasy à part le singe savant de service qu’est Patrick Leloup. Donc il est simpliste de prétendre que la France était aux manettes lors de la chute de R8. Même si le dernier papier de Matthieu Pellerin, qui ressemble à un mode d’emploi pour un putsch laisserait croire que la France à toujours des velléités à vouloir maîtriser ses anciens esclaves. Chacun ses fantasmes!

Maintenant si on se réfère à la dernière élection présidentielle, le candidat de Ravalomanana n’a eu que 21% des voix exprimés, autrement dit le choix d’1/5ème des malagasy qui s’intéressent à la vie politique de la nation. Leur nombre de députés (21 députés sur 151 soit  14%), semble corroborer cette proportion. Autrement dit, 4/5 des malagasy ne voulaient plus voir R8 diriger le pays. On est alors en droit de se demander pourquoi les Kagame, Morales et Correa ont réussi là où Ravalomanana s’est ramassé piteusement? Pourquoi le style de leadership qui marche pour les autres ne fonctionne pas à Madagascar?
Je ne prétend pas détenir la vérité, mais ce que je vais avancer et argumenter est le résultat de ce que je peux comprendre à partir de ma grille de lecture et de réflexion.

Tout d’abord un leadership fort n’est qu’une mode de gestion, et non une vision politique. Celui qui en fait une finalité n’a rien compris à son utilité. En suite, le résultat perçu et/ou mesuré au niveau de la population ne dépend que de sa perception de la politique mise en oeuvre. Et quand la politique est le leadership, on comprend vite ce que les autres ressentent. J’explique. Quand Ravalomanana facilite les IDE (investissements directs étrangers), l’assainissement de la Jirama et d’Air Mad, la réfection des routes, la réforme de l’administration … ces mesures bousculaient les intérêts corrompus et corrupteurs qui étaient en place, mais n’ont eu que très peu d’impact au niveau de la population et encore moins dans les zones rurales, même s’il prétend avoir eu des résultats par rapport aux indicateurs des PTF (partenaires techniques et financiers). Ses actions n’étaient pas mues par une vision politique mais tout simplement par une volonté de performance en tant que dirigeant. Il a fait ce qu’on lui a dit de faire, juste pour pouvoir rester en place : réussir les réformes techniques requises par les PTF. Il aimait le faire avec force et vigueur en prétendant que seuls les intérêts des corrompus étaient remis en question, sans essayer de comprendre les réels besoins de la population.
Alors que de leur côté, quand Kagame décentralise réellement la gestion de la politique agricole tout le monde le voit et le vit tout de suite. Le « Sumak Kawsai », la politique sociale et solidaire post-libérale de Correa fait un carton en Equateur parce que tout le monde le vit tous les jours. Les intérêts bousculés ont beau crié au loup, mais personne ne veut plus les voir. Idem pour Morales.
Ainsi, pour ceux qui ont réussi, le cœur et la tête de la population ont été impactés directement par les politiques adoptées et leurs résultats. Ce qui était loin d’être le cas de celui qui n’a rien trouvé de mieux que de mettre un des indicateurs de performance qu’on lui a demandé sur la plus grosse coupure monétaire du pays. Du coup, ses efforts de rationalisation dans la gestion du pays, aussi importants soient-ils, ont été masqués par l’affaire de Daewoo et un achat d’avion inconsidéré, des scandales futiles mais qui ont pris de l’importance parce que le président a confondu un moyen et une finalité !  Il avait beau s’exciter comme une puce dans une poêle à frire par la suite, mais il était trop tard et plus personne ne voulait bouger son petit doigt pour sauver le « leader bien aimé » au moment du putsch. C’était donc bien un coup d’état, mais avec l’aval tacite de toute la population.

En suite Ravalomanana n’est pas aussi intelligent qu’on veut bien lui prêter. Ses réussites en tant qu’entrepreneurs sont essentiellement basées sur les facilitations fiscales licites et illicites qu’il a obtenues et qu’il a su s’octroyer. Avoir réussi un tel exercice à rendu le personnage totalement imbu de lui-même. Il a commencé alors à dénigrer, emprisonner, renvoyer les compétences qui ont fait sa réussite des premières heures. Ainsi, non seulement il s’est fait des ennemis en éliminant systématiquement ses concurrents économiques mais il a également scié la branche de compétence sur laquelle il était perché. Un comportement suicidaire dont on a tous constaté le résultat en 2009. A ce propos, une petite parenthèse : si Ravalomanana a mis 7 ans pour réussir son auto-destruction, les dirigeants actuels semblent prendre la même trajectoire en se mettant toute la nation à dos en seulement 9 mois de gouvernance. Une performance jamais égalée à ce jour !!

Sans soutien populaire, sans soutien technique et réduisant systématiquement les implications des compétences locales autour de sa personne, l’arrêt du financement par le FMI et la BM n’a été que la goutte qui a fait déborder le vase. Avec ou sans la participation de la France dans le putsch, ses heures étaient comptées et malgré sa grande gueule et le soutien intéressé de quelques leaders cultuels, tout le monde a constaté comment il s’est enfuit la queue entre les jambes en pleurnichant. Comme quoi, dans toute sa grandeur, Dieu sait bien faire les choses.

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3 commentaires pour Pourquoi Ravalomanana a failli là où les autres « dictateurs » ont réussi?

  1. MGD Diaspora dit :

    « Aval tacite de toute la population » ? N’essayons pas d’exaggerer non plus ZO RAR. Vous savez tres bien qu’il y a une difference fondamentale entre une campagne eelctorale ou la personne a la tete du parti est sur place capable de supporter son candidat et une autre ou cette meme personne doit tout faire via communication telephonique. Comment pouvez etre sur que les malgaches ne voulaient plus de Ravalomana alors que avec son absence, son camp a deja reussi a gagner plus 14% de voix. Comme presque tous les dictateurs malgaches avant lui, Ravalomanana n’a fait que suivre et respecter les instructions des bailluers de fond. Aucun n’avait un compte a rendre aux malgaches parceque les taxes qu’on recoit de la part des malgaches ne valent certainement que le 1/3 de ce que Madagascar emprunte ou recoit de la part des invetisseurs etrangers. Le systeme malgache va toujours avoir pour resultat un principe equivalent aux defaillances du marche de l’economie mais cette fois-ci dans la democratie. L’essence meme de la democratie n’est pas juste la participation du peuple au processus politiques, c’est avant tout base sur une theorie economique et politique dans la quelle le peuple, la population est au centre de la force de l’etat par sa politique fiscale. Tant que le peuple se trouve au deuxieme rang dans ce domaine, Madagscar ne va jamais changer.
    Votre argument est louable et merite une tres bonne et serieuse reflection. Toutefois, il suffit juste de faire quelaue pas en arriere et vous pouvez tres bien voir que les predecesseurs de Ravalomanana a fait la meme chose. La vision de Ravalomanana etait certes superficielle et elle est restee dans le paraitre. Toutefois, il lui a ete meme presque impossible de travailler librement sans ce que les bailleurs utilisent l’approche de la carrotte et du baton. Toute chose etant egale, personne ne veut se faire punir ou accepter des mesures coercitives.
    On verra ce que Rajaonarimampianina sera capable … mais autant dire il n’est pas tres bien parti, car non seulement il n’a pas le charisme, mais aussi le leadership ou ni meme la gestion ou management dont vous avez parle. He is full of lies and you are right to pint out, the people will someday hunt him down like the others.

  2. tonsligagasurun dit :

    C’est génial comment c’est écrit ! (y)

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