Le débat à éviter sur l’entrepreneuriat


De plus en plus aujourd’hui, on entend deux thèses concernant ce qu’il faut faire pour que l’entrepreneuriat et l’économie malagasy avancent. La première est celle de ceux que j’appelle les pseudo-nationalistes, qui affirment qu’il ne peut y avoir de développement durable à Madagascar si l’économie reste entre les mains des compagnies étrangères. La deuxième est celle des vazaha tara sambo (littéralement les colons qui ont raté leur bateau), qui persistent à croire qu’une industrie à Madagascar ne peut avancer sans un vazaha qui dirige la société.
Le problème est que ces deux affirmations contiennent des vérités mais qui sont perverties par l’ensemble de  la thèse avancée. Je vais alors dans ce post essayer de vous expliquer pourquoi les deux thèses n’ont pas de sens et pourquoi la solution est ailleurs.

Le non sens de la fatalité du leader vazaha. Les tenants de cette vision définissent le vazaha comme un homo sapiens de race blanche, en qui les indigènes malagasy auraient peur, ou bien le grand blanc intelligent et sachant qui serait capable d’imposer une façon de travailler que les malagasy ne savent pas faire.
Le piètre résultat de Lufthansa consulting chez Air Mad au début des années 2000, les services plus qu’aléatoires des ISP Orange et Telma concernant la connexion internet, que ce soit en radio ou en filaire, l’incapacité des différents gérants vazaha successifs à résoudre le problème des greens au golf du Rova depuis des décennies, sont des échantillons de faits qui démontrent qu’il n’y a aucune corrélation entre la couleur de la peau et la compétence à mettre en œuvre une stratégie pour atteindre un objectif. C’est un truisme mais certaines personnes semblent être sourdes et aveugles quand il s’agit de vazaha à Madagascar. Y compris les malagasy qui sont restés des esclaves dans leur tête et leurs tripes.

La relation entre la nationalité des dirigeants et la durabilité du développement. Pour répondre à cette question il faut définir la notion de durabilité du développement, cela peut-être une dimension écologique, sociale, culturelle …. je vous laisse définir votre propre notion, mais expliquer moi pourquoi un malagasy serait plus enclin à les mettre en œuvre qu’un étranger? Le pillage des bois de rose et des bois précieux ont été effectué essentiellement par des malagasy. Le premier reflexe de nos dirigeants une fois qu’ils ont piqué dans la caisse de l’état n’est pas d’investir dans le développement rural mais dans des appartements et des villas en Europe ou à Maurice. Alors que sur la même période, de plus en plus les karana, qu’on traite de tous les noms possibles et imaginables, investissent à Madagascar, que ce soit dans la production ou les services. Je suis aux regrets donc d’annoncer que la cupidité et l’irresponsabilité n’a pas de couleur de peau non plus. Difficile donc de conclure autrement que cette deuxième affirmation est aussi irréfléchie que la première.

Deux affirmations insensées car sans fondement objectif à part une considération raciale, dans un sens comme dans l’autre.

Maintenant je vais vous donner mon opinion sur les facteurs déterminants de la réussite d’une société, que ce soit à Madagascar ou ailleurs. La disponibilité des moyens, la compétence des responsables à chaque niveau et la capacité de la structure à impliquer toutes les parties prenantes pour atteindre des objectifs communs. Rassurez vous, il ne s’agit pas de la nouvelle théorie d’Andrianjo RAR, ni une prédiction que j’ai sorti de mon sac par magie. Des personnes ont réfléchies sur le sujet depuis des décennies, et quand vous prenez une norme de gestion qualitative, quelle qu’elle soit, que vous lisez n’importe quel ouvrage concernant la stratégie entrepreneuriale, ces trois dimensions sont des constantes reconnues par tous ceux qui ont réfléchi sur le sujet.
L’indisponibilité des moyens est souvent avancée dans l’entrepreneuriat privé comme étant le facteur d’échec principal. Malheureusement elle est l’arbre qui cache la forêt des autres raisons souvent, mais elle est tellement commode pour sauvegarder l’égo de l’entrepreneur que beaucoup d’entre nous vous soutiendront qu’elle est la vraie de vraie de toutes les raisons.

Vous allez alors me demander quelles sont ces vérités dans les deux affirmations que je viens de déconstruire?
Concernant la nécessité des vazaha, il y a derrière un sous entendu comme quoi le vazaha apporterait de la compétence et du savoir-faire. Si c’est le cas alors, oui, mille fois oui, l’utilisation de ressources qualifiées est justifiée. Mais dans ce cas, ça peut être un vazaha, un black un jaune un gris, peu importe !!! L’important est que la compétence soit mise en œuvre et qu’une stratégie de capitalisation de cette compétence existe au sein de la compagnie. Learn from the best diraient les rosbifs, et mon dieu qu’ils ont raison !

Maintenant sur l’implication des malagasy dans l’économie. Effectivement, il est fondamental que les sociétés qui travaillent à Madagascar prennent en considération, à la fois les intérêts à long terme du pays et le bien être de ses habitants,  si l’entreprise envisage de durer dans le temps. Mais ça, un karana peut le faire, comme un vazaha, un arabe ou un comorien.

Alors, que vous ayez envie de défendre votre cause soit, mais s’il vous plait sortez des arguments sensés sinon il serait difficile de considérer vos argumentations.

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3 commentaires pour Le débat à éviter sur l’entrepreneuriat

  1. Patricia Rajeriarison dit :

    Cher Zo, l’investissement ou l’entrepreunariat n’est pas une question de couleur de peau, mais plus une question de contrôle d’un environnement (des affaires) et d’état d’esprit (gestion des risques). Certaines sociétés sont plus ouvertes que d’autres sur la question: sociétés côtées en bourse, fonds d’investissement, entreprises étatiques, entreprises familiales, PME, micro-entreprises, etc.

    • andrianjorar dit :

      Je voulais simplement expliquer qu’il n’y avait aucune corrélation entre la compétence et la race ou la provenance. En suite la durabilité d’un investissement ne dépend pas de la nationalité du capital mais de l’intérêt de ce dernier à investir ou pas.
      Par conséquent, il ne faut pas qu’on se laisse envahir par les deux arguments qui n’ont pas de sens pour se focaliser sur le vrai sujet : comment devenir performant et intéresser les investisseurs à long terme tout en imposant nos règles? Et la réponse est encore et toujours : learn from the best !

  2. Vidal dit :

    C’est la famille le berceau de notre devenir, et tant qu’elle n’encouragera pas ses enfants dans le risque et l’entreprenariat au lieu de la sécurité étatique, alors la place laisser vide se remplira par l’extérieur.

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