En finir avec l’électricité thermique à Madagascar


J’ai récemment eu l’honneur de discuter avec une personne que je suppose d’une éducation certaine, en écoutant ses dires, ses propos et selon le poste qu’il occuperait au sein d’une entreprise vendeuse de générateur électrique. Et bien sur, comment tout le monde actuellement nous avons discuté du pays, de la politique, et on en est venu à l’énergie. Quelle ne fut ma surprise quand ce monsieur nous affirmait, avec une certitude plus que péremptoire, que Madagascar ne pourra jamais se défaire totalement des générateurs thermiques car dans le monde entier, il y au moins 30% de l’énergie électrique d’un pays qui est généré par cette technologie. Effaré par l’affirmation, j’hésitais entre argumenter contre son affirmation ou changer de sujet. Je me suis contenté de dire qu’il a bien été formaté par son employeur et que j’étais totalement opposé à son affirmation. Mais cela ne faisait que le stimuler dans la thèse. Polémiquer avec cette personne n’avait pas de sens pour moi ce jour là, par contre au cas où il aurait le malheur d’être écouté par d’autre personne, qui serait convaincu par ses argumentations plus que douteuses, voici ma réfutation.

La réponse la plus simple et disponible immédiatement : les potentiels hydro-électriques à Madagascar. Avec un réseau de transport d’électricité (RTE) digne de ce nom, nous pouvons alimenter l’ensemble des besoins actuels du pays (492 MWh selon l’ORE en 2013) avec seulement l’exploitation de 10% des sites identifiés sur cette carte.

Notre ami vendeur de générateur électrique prétendait que le « thermique » était nécessaire pour couvrir les crêtes de consommation. C’est ABSOLUMENT FAUX !!!! Jean Laborde en en 1844 a créé le lac de Mantasoa, qui a servi par la suite à réguler la station d’Antelomita.  Autrement dit, Madagascar maîtrise la technologie de la potentialisation de l’eau depuis 170 ans !!!! Un simple coup d’œil sur la carte de l’ORE des potentialités de plus de 60 MW, montre que plus de 3000 Mw peuvent être dans ce modèle de potentialisation!!! Si cela ne vous suffit pas, aller faire un tour sur wikipédia pour savoir qui et comment on utilise la potentialité de l’eau en pompage turbinage, une technologie qui est d’autant plus intéressante que nous sommes une île avec de très grosse capacité solaire et éolienne à stocker.

Avec beaucoup de mauvaise foi ou de l’ignorance, on pourra toujours,  dire que le sud ouest est démuni de potentiel hydro-électrique et qu’étendre le RTE jusque là bas serait trop couteux et par conséquent il faut y préserver le thermique. Ce qui est une argumentation insoutenable si on raisonne au niveau  national dans la mesure où, une exploitation intelligente des richesses minières du sud ouest nécessiterait forcément beaucoup d’énergie et justifierait à elle seule l’existence d’un RTE pour cette région. Mais supposons que des politiciens innommables nationaux ou internationaux, seraient prêt à sacrifier les intérêts du pays et à ce genre d’argumentation, pour toucher quelques commissions misérables ou dans une énième tentative de réduire les malagasy à la dépendance. Alors il restera toujours, l’exploitation des fermes solaires où on imposerait le transfert de la technologie, comme le projet du chinois Focusic avec la société française Soitec, financé par une banque chinoise.

Pour en finir, sachez que chaque année, nous brulons 700 millions USD d’hydrocarbures importées selon l’OMH, rien que pour le transport et l’électricité, alors que pouvons en substituer au moins une grande partie de cette consommation, rien qu’en changeant de source d’électricité et en adoptant ce type de transport, au niveau national comme régional.

Galerie | Cet article, publié dans Développement, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour En finir avec l’électricité thermique à Madagascar

  1. Rajo Rajaonarivelo dit :

    L’analyse et les propositions de la page facebook Je Veux Un Madagascar … sur l’énergie publiées en août 2012 (en rédigées en version projet de société svp :-)) :

    Proposition 2 : L’énergie, gage d’un progrès économique et social
    Ces derniers temps, nous n’avons pas cessé de répéter que la question de l’énergie est vitale pour tous les pays du monde entier. Mais elle l’est encore plus pour Madagascar compte tenue de sa très forte dépendance énergétique. Il est également très important de rappeler qu’aujourd’hui le taux d’électrification du pays ne dépasse même pas 15%. Et l’incapacité de la compagnie nationale d’électricité à augmenter la puissance installée handicape fortement le développement économique et social. La croissance démographique exerce également une très forte pression sur notre forêt dans la mesure où le bois constitue plus de 95% de l’énergie utilisée par les ménages pour la cuisson (charbon de bois pour les urbains et bois de chauffe pour les ruraux). De plus, le nombre d’habitants augmentera de moitié en 2025 pour dépasser les 30 millions. Par ailleurs, jusqu’ici, la totalité de l’énergie fossile que nous utilisons est importée. Ce qui nous expose aux risques des fluctuations du prix du pétrole sur le marché mondial.

    Pour une meilleure compréhension de notre proposition, nous vous donnons ci-après quelques chiffres-clés sur l’énergie à Madagascar :
    – Nombre d’abonnées de la JIRAMA : environ 450 000
    – Puissance électrique totale installée : 350 Mégawatts (sur un potentiel hydroélectrique de 8 Gigawatts – 4%)
    – Production annuelle d’électricité de la JIRAMA : 1,3 Terawattsheures (1 300 Gigawattheures)
    – Part du thermique (Gas Oil et Fuel Oil) dans la production totale : 43%
    – Consommation annuelle de Gas Oil et de Fuel Oil de la JIRAMA : 125 millions litres (ou 125 000 m3)
    – Part de ménages utilisant le bois ou le charbon de bois pour la cuisson : 95%
    – Consommation annuelle de charbon de bois : 1,5 millions tonnes
    – Consommation annuelle de bois utilisé pour la cuisson (y compris la production de charbon) : 17,5 millions m3
    – Taux de couverture forestière : 15%
    – Taux de diminution annuelle de la couverture forestière : environ 1%
    – Consommation annuelle de carburant (Madagascar) : 790 000 m3
    – Part de l’importation dans la consommation de carburant : 100%
    – Valorisation annuelle de l’importation totale de carburant (CAF) : 1 334 milliards ariary (ou 600 millions dollars)
    – Part de la JIRAMA dans la consommation totale de carburant : 16%
    – Part du carburant dans la totalité des importations (tous produits confondus) : 22%

    A partir de ces constats, les grands axes que nous avons choisi pour guider notre proposition sur l’énergie sont les suivants :
    – Réduire au minimum la dépendance énergétique de Madagascar en exploitant les sources d’énergie disponibles localement
    – Remplacer progressivement le bois et le charbon de bois utilisés pour la cuisson par d’autres sources d’énergie pour stopper la déforestation
    – Privilégier l’intégration verticale et/ou horizontale et mettre à contribution la solidarité nationale afin que tous les programmes mis en œuvre profitent au plus grand nombre

    Voici donc notre proposition à mettre en œuvre en cinq ans : Pôle Énergie I

    1/ le bio-charbon
    La priorité absolue doit être la recherche de nouvelles sources d’énergie afin de stopper la déforestation causée par l’utilisation du bois et du charbon de bois pour la cuisson. En plus de l’électricité dont la vulgarisation se fera au fur et mesure du développement du réseau électrique, un produit majeur sera développé et vulgarisé au niveau national. Il s’agit du bio charbon. Le bio charbon étant du charbon obtenu à partir de la carbonisation de biomasse. Dans un premier temps, les principales matières premières utilisées seront les balles de riz (son de riz) et les coques d’arachide. Ces deux matières ont été choisies parce qu’elles existent déjà en grande quantité. En plus, leurs utilisations permet de mettre en place un programme intégré qui permet à la fois :
    – l’augmentation des revenus des paysans grâce à la commercialisation de sous-produits (coque d’arachides, balles de riz, bio-charbon)
    – l’augmentation de la production rizicole
    – la redynamisation de la culture d’arachide qui peut constituer une matière première pour la fabrication d’huile, de savon, de tourteaux pour le bétail,…
    – le développement de nutriments alimentaires à base d’arachide utilisés dans la lutte contre la famine et la malnutrition

    Dans cinq ans, la production totale de bio-charbon devrait atteindre au moins 300 000 tonnes (20% de la consommation actuelle de charbon de bois). Pour cela, il faudra transformer 500 000 tonnes de balles de riz. Cette quantité peut déjà être couverte par la production actuelle de paddy.
    La commercialisation du bio-charbon est déjà effective dans plusieurs pays (Sénégal, Bénin,…). La technologie est simple et facile à mettre en œuvre et les unités de production
    peuvent être construite de manière « artisanale ». Par conséquent, l’investissement par unité n’est pas lourd.
    Des recherches seront également menées afin de pouvoir exploiter d’autres matières premières. Toutefois, le choix ne doit pas se faire au détriment des cultures vivrières, indispensables au quotidien des malgaches.

    2/ les déchets et ordures ménagers
    Dans les grandes villes de Madagascar, l’effort sera orienté vers la transformation des ordures ménagères en énergie. Deux technologies seront combinées afin de maximiser le rendement. D’une part, la méthanisation qui consiste à produire du biogaz (méthane), combustible pour moteurs et turbines qui produisent de l’électricité. D’autre part, l’incinération des ordures et des résidus provenant de la méthanisation permet d’alimenter des installations chaudières/turbines qui génèrent également de l’électricité. Les 6 chefs-lieux de province ainsi que la ville d’Antsirabe sont concernés dans la mesure où les ordures ménagères y sont plus ou moins abondantes.
    Pour le cas particulier de la ville d’Antanarivo et ses 600 tonnes d’ordures ménagères par jour, 100 000 Mégawattheures d’électricité pourront être produits annuellement par incinération et entrer directement dans le réseau électrique de la ville. De plus, 100 000 m3 de biogaz pourront également être produits et utilisés dans les petites municipalités afin de réduire le coût de l’électricité sur place.

    Il est clair que la construction d’usines d’incinération d’ordures ménagères, de nouvelles centrales thermiques à gaz ainsi que l’adaptation de celles existantes sont nécessaires. En cinq ans, l’objectif est de produire annuellement 250 000 Mégawattheures d’électricité provenant de l’incinération et de la méthanisation d’ordures ménagères. Cette production représente un peu moins de la moitié de l’électricité produite actuellement dans les centrales thermiques à Gas Oil et Fuel Oil de la Jirama. Mais en plus de l’électricité produite, réalisation de ce programme permettra également de :

    – baisser le coût de l’électricité et inciter les ménages urbains à l’utiliser pour la cuisson
    – redynamiser les services de voirie dans les grandes municipalités (donc la propreté)
    – améliorer la trésorerie des municipalités grâce à la « gratuité » de l’éclairage publique et à la revente d’électricité (ou de matières premières)
    – produire des sous-produits notamment du compost pour l’agriculture
    – réduire notre dépendance énergétique (40 millions de dollars de carburants en moins pour la JIRAMA)

    3/ la filière « canne à sucre »
    La troisième voie qui sera explorée dans ce vaste programme est la filière canne à sucre. Il faut savoir que la canne à sucre est une matière première permettant une intégration verticale très intéressante. Pour mieux comprendre, voici une présentation succincte de son exploitation :
    – la canne à sucre est broyée et pressée pour donner du jus (vesou), les résidus fibreux sont appelés « bagasse »
    – le vesou est utilisé pour donner du sucre et de la mélasse
    – la mélasse est distillée pour produire de l’éthanol (alcool) et de la vinasse
    Il y a donc deux principaux produits obtenus à partir de la canne à sucre : le sucre et l’éthanol. Mais en plus, la bagasse peut être utilisée pour alimenter des chaudières et produire de l’électricité. Elle peut également être transformée en papier. Quant à la vinasse, elle est méthanisée pour donner du bio-gaz et du compost. En somme, trois produits et sous-produits (éthanol, bagasse, vinasse) sont des intrants pour la production d’électricité. Bref, les unités de production seront autonomes en matière d’énergie. Ce qui fait de la canne à sucre la source d’énergie renouvelable la plus rentable.

    L’éthanol sera donc progressivement mélangé avec le carburant traditionnel pour faire fonctionner les véhicules motorisés (ne nécessite aucune modification si le taux éthanol – carburant fossile est de 20% – 80%). Dans cinq ans, l’objectif est de remplacer 10% du carburant consommé actuellement par du méthanol. Cela équivaut à en produire 75 millions de litres par an soit 7 fois la capacité de production nominale réunies de la SIRAMA et de SUCOMA (environ 11,6 millions litres). Ce qui implique de nouvelles plantations de canne à sucre et la construction de nouvelles usines. Mais en plus de l’éthanol, d’autres produits seront également exploités ou commercialisés :
    – du sucre en très grande quantité (1 million de tonnes) qui nous permettra de devenir exportateur net
    – de l’excédent d’électricité (provenant des chaudières à bagasse des usines) qui sera injecté sur le réseau de distribution électrique des villes et villages aux alentours
    – du biogaz provenant de la méthanisation de la vinasse qui sera utilisé à produire de l’électricité dans les autres villes
    – du compost/écume utilisé dans l’agriculture
    – du papier/carton

    Afin que ce programme profite au plus grand nombre, la culture d’une grande partie de la canne à sucre sera confiée à des paysans regroupés en régie.

    NB : Dans 15 ans, ce programme prévoit le remplacement à 85% du carburant fossile utilisé par les véhicules terrestres par l’éthanol.

    4/ l’hydroélectrique
    L’action immédiate à mettre en œuvre est l’installation d’un troisième groupe dans le barrage d’Andekaleka. Des études ont été faites et les travaux auraient dû déjà commencer pour mettre en marche une puissance supplémentaire de 34 Mégawatts. Ce qui remplacera une partie des groupes électrogènes à Gas Oil et Fuel Oil. Par conséquent, une économie de 10% sur la consommation de carburant de la JIRAMA sera dégagée (environ 9 millions de dollars par an).

    Par ailleurs, la construction d’autres barrages hydroélectriques sera étudiée selon le mapping de l’ensemble des dispositifs énumérés dans cette proposition. Cela, pour deux principales raisons :
    – un meilleur équilibrage géographique au niveau de la production d’électricité
    – le développement du réseau d’irrigation des terres agricoles

    La puissance installée supplémentaire sera de l’ordre de 35 mégawatts.

    5/ les appareils économiques
    Pour optimiser la consommation d’électricité au sein des ménages, l’Etat fera un effort significatif pour inciter ces derniers à utiliser des appareils plus économiques notamment les ampoules à basse consommation, les réchauds électriques avec thermostat (et peut-être aussi les plaques électriques à induction) ainsi que des foyers à charbon améliorés. Le but étant de réduire de 10% la consommation électrique des ménages (environ 50 000 Mégawattheures par an – 9 millions de dollars d’économie de carburant fossile par an).

    6/ la sur-taxation des véhicules gros consommateurs de carburants fossiles
    De nos jours, il est admis que l’énergie la moins chère et celle qui n’est pas consommée. Par conséquent, l’État va également « inciter » les citoyens à consommer moins de carburant fossiles en roulant dans des voitures plus économiques. Une surtaxe sera donc appliquée aux voitures de tourisme proportionnellement à la cylindrée des moteurs. Les revenus de cette surtaxe contribueront à financer la vulgarisation du bio-charbon et des foyers améliorés, un allègement fiscal destiné aux véhicules hybrides et des campagnes de reboisement.

    En résumé, la mise en œuvre du plan Pôle Énergie I aura des impacts considérables sur la vie économique et social de Madagascar et de sa population :
    – assainissement de la situation financière de la JIRAMA : achat d’énergie à prix bas et constant
    – amélioration de l’offre d’électricité en général : disponibilité et baisse des prix, augmentation du taux d’électrification rurale
    – diminution sensible de l’utilisation du bois-énergie (et donc de la déforestation) : bois de chauffe et charbon
    – synergie entre plusieurs secteurs : riz, huile, savon, sucre, engrais, alimentation animale,…
    – amélioration de la performance des municipalités : trésorerie, hygiène et propreté des villes
    – création de nouvelles entreprises et d’emplois, hausse du niveau de vie de la population
    – amélioration de l’équilibre de la balance commerciale : moins d’importations d’intrants (carburants, engrais, riz, autres produits de première nécessité,…) et plus d’exportations de produits finis
    – création de nouvelles villes
    – atténuation de la dépendance énergétique de Madagascar

    Pour finir, l’État aura un très grand rôle à jouer en participant activement au financement de ces programmes. Les ressources nécessaires seront dégagées par le programme « gouvernance pour le progrès » publié ultérieurement. En même temps, il ne faut pas oublier que la baisse d’émission de CO2 pourra être valorisée sur le marché du carbone.

    Je veux un Madagascar ambitieux et audacieux quand il s’agit de l’avenir de son peuple.

    • andrianjorar dit :

      La question Rajo est maintenant de savoir comment porter la discussion au niveau national pour que tout le monde puisse participer et surtout comment faire en sorte à ce que la mise en œuvre d’une stratégie nationale soit la plus équitable possible

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s