Les douze travaux de Rajaonarimampianina


L’analogie avec la légende d’Héraclès se rapporte au nombre de travaux urgents du prochain président de la république de Madagascar et s’arrêtera là, dans la mesure où ne connaissant pas le nouveau président, je ne peux présupposer de ses autres forces ou vertus. Si on devait se référer à son parcours pour devenir président, je serai tenté de faire le parallèle avec Ikotofetsy de la légende malagasy, mais certains esprits y verront une allusion malicieuse alors je me garderai bien de le faire pour cette fois ci. Accordons lui le bénéfice du doute et le fait qu’il faille des fois descendre aux enfers pour accomplir les tâches les plus nobles.
Venons en alors à ces douze travaux qui urgent à mes yeux, et qui se divisent en trois grandes parties.

Les trois premiers sont pour rassurer. Autrement, il sera difficile de la part d’un ministre de la transition la plus catastrophique de l’histoire de la Nation, d’obtenir l’implication de tous, que ce soit d’ici ou d’ailleurs.

1. Il faut avoir une équipe rassurante. Un gouvernement ramassé, sans les personnalités sulfureuses et les affairistes de la société. Le Mapar fort au sein de l’assemblée nationale, doit servir de levier pour mettre en valeur les compétences au sein du parti dirigeant. Si le Hery Vaovao et le Mapar ne disposent pas assez de compétences, alors il faut aller chercher dans la société civile et non écouter les raclures qui vont tournoyer avec leur langue pendante.

2. Mettre fin immédiatement aux gabegies. L’exemple ne peut venir que d’en haut quand il s’agit de mettre de l’ordre. Par conséquent, il faut remettre sur les rails immédiatement le système de contrôle et de surveillance du fonctionnement de l’exécutif pour permettre une mise en ordre du souk qu’on nomme Madagascar.

3. Avoir une mise en œuvre quantifiable et mesurable dans tout ce qui sera programmé. Le comptable qu’il est comprendra la nécessité de la quantification car sans cela, les promesses politiques ne sont que des engagements vides de sens. Une telle programmation quantifiée permettra un suivi intelligent de l’exercice du pouvoir. Un exercice qui permettra de faire la différence entre la compétence réelle tant vantée et les pratiques des vulgaires forbans.

Les six suivants sont les plus durs mais également les plus spectaculaires en cas de réussite.

4. Relancer l’économie. Cela ne consiste pas à remettre sur rail la culture de mendicité envers la CI, mais à faire en sorte à ce que l’économie malagasy soit vraiment productrice et orientée pour les besoins de nos descendants. Une intelligence économique au service du développement national et non pour servir quelques loup-garous, d’où qu’ils viennent.

5. Réaliser les investissements infrastucturels fondateurs. Madagascar doit produire son l’électricité sans pétrole avec ses moyens renouvelables, construire un réseau ferroviaire électrique pour dynamiser son économie, aménager les chefs lieux de régions pour en faire des exemples de pôle de croissance à la fois économique et sociale … Bref se structurer pour se prendre en main et non pas se contenter d’une programmation made in Paris ou Washington, qui ne se soucis guère de notre avenir.

6. Donner un sens à l’éducation et à la formation. Bourrer les salles de classe d’enfants qui ne comprennent rien pour des raisons statistiques, octroyer des bourses à tous ceux qui veulent faire des études supérieures pour une politique égalitariste à la con, avoir des instituteurs non formés avec des salaires de misère, … sont des imbécillités! Il faut que la politique éducative et de formation nationale ne soit plus une compilation d’inepties sans suivi et sans résultat. On doit former des hommes et des femmes capables de vivre dignement dans leur pays et non former des chômeurs et des futurs esclaves.

7. Réformer la justice. Aujourd’hui, même pour rentrer à l’école de la magistrature, on soupçonne des malversations. Il faut que l’ensemble des malagasy croit à nouveau à l’équité de notre justice nationale. Il faut oser faire le saut quantique peu importe le coup.

8. Mettre de l’ordre dans l’armée. Des généraux à ne savoir qu’en faire, incapables de se faire respecter par un caporal, une armée qui ne sait plus à quel saint se vouer, des politiciens qui favorisent l’incivisme et le mercenariat, telle est la situation de notre armée. Et quand l’organisation et la raison sont incapables d’ordonner la force publique, il est normale que notre société accélère sa décadence.

9. Mettre en œuvre une décentralisation réelle. Pour que chacun soit responsabilisé concernant le développement du pays, la décentralisation est une occasion pour que la concurrence entre les districts soit un moteur. Prétendre que le gouvernement central sait mieux que les concernés ce dont ils ont besoin pour être heureux, est une insulte envers nos concitoyens.

Ny vary mangatsiaka, ou les plats froids qu’il va falloir avaler.

10. La haute cour de justice et l’amnistie. Il ne peut et ne doit y avoir de pardon que si le coupable reconnaisse ses méfaits. De Ratsiraka à Rajoelina, en passant par Ravalomanana, aucun n’a reconnu qu’ils ont pillé la Nation, or ils l’ont fait! L’exercice est difficile, mais il fera la différence entre le vrai homme d’état soucieux de l’intérêt de la nation et le petit politicard, préoccupé par son siège et son intérêt immédiat.

11. Rendre la constitution au peuple. La constitution est la loi fondamentale. Elle ne doit pas être le produit d’un petit nain moustachu au service d’une girouette bonimenteur, mais une construction nationale pensée et réfléchie qui doit prendre le  temps nécessaire pour cela. En tout cas, un exercice dans lequel les tenants du pouvoir exécutif ne doivent surtout pas participer pour simple raison de bon sens.

12. Rendre ses lettres de noblesses à la politique. L’exercice de la politique est un travail noble, dans le sens où il sert le peuple. Il faut par conséquent donner aux partis politiques les moyens de cette noblesse et arrêter de dire qu’avoir 300 partis politiques est une preuve de démocratie. Aider les partis à se structurer est un effort qui permet à ces derniers de commencer à faire le tri en leur sein, et réduire les tribunes pour les margoulins politiques.

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3 commentaires pour Les douze travaux de Rajaonarimampianina

  1. Gelbart dit :

    Le point 9 me semble sortir de la méthode russe. Le malgache sait pardonner mais il va falloir avancer en tirant leçon du passé : ce sera le génie à déployer par l’actuel pouvoir en place !
    Vos articles sont d’une limpidité appréciable. Merci.

  2. Gelbart dit :

    Je voulais plutôt parler du point 10 en retenant l’amnistie et repartir à zéro !

  3. andrianjorar dit :

    Le passé a montré un Ratsiraka qui s’est pris pour un sauveur après avoir noyé le pays pendant 25 ans, un Ravalomanana qui se disait le père du développement (il a oublié de dire de son entourage), et un Rajoelina qui prétend être un bâtisseur après avoir pillé le pays pendant 5 ans. Donc pardonner, oui mais d’abord reconnaître les erreurs du passé pour ne pas les perpétrer de nouveau.

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