Guérir Vohitsara par le transport


Aujourd’hui on va parler de transport pour les grandes villes. D’après les infos disponibles sur le net, il paraîtrait que notre cas n’est pas isolé et que toutes les grandes villes africaines et des pays émergents, ont toutes la même maladie : un développement incontrôlé de la ville, un réseau d’assainissement totalement dépassé, un développement des habitations complètement chaotique, saturant l’occupation de tous les espaces disponibles et bien sur des routes saturées par les vendeurs de rues, les charrettes, les pousse-pousses, les conducteurs de bus qui créent l’embouteillage pour ne pas se faire dépasser, bref une ville en situation de métastase.

On vous a présenté un million de fois la solution : agrandir la surface habitable en élargissant sur des nouvelles villes dans lesquelles ont imposera un plan d’urbanisme et une meilleure rigueur citoyenne. On  peut également créer carrément de nouvelles villes ex nihilo, à 30 ou 40 km de la Capitale. L’intérêt de cette dernière solution est de pouvoir créer des villes là où la spéculation foncière n’a pas encore commencée et on pourrait carrément partir d’une feuille blanche pour l’aménagement. Mais pour cela il faut pouvoir transporter les gens entre leur habitation et lieu de travail en moins d’une heure. C’est ce sujet qui nous intéresse et nous allons prendre Vohitsara comme exemple.

La solution routière est trop polluante, trop lente, en plus, toute nouvelle route serait rapidement saturée par les bus, les charrettes, les marchands ambulants et les accidents (voir le boulevard de l’Europe et le Marais Masay)
Le ferroviaire traditionnel aurait pu être une solution mais impossible de l’introduire dans la ville sans raser des milliers de cases ou mettre des tunnels partout.  Trop chers financièrement et politiquement.
Le même problème de disponibilité et de fluidité de voie se retrouve sur la solution du tramways. En plus le risque d’accident est élevé avec la grande incivilité de nos citoyens concernant l’usage de la route.

monorail suspenduReste alors la solution du monorail suspendu. Ce n’est pas une nouvelle idée dans la mesure où elle existe déjà de part le monde (voir ce site), et vous ne serez pas étonné de voir que c’est la solution qui se développe le plus en Asie pour le transport en commun. Pourquoi?

On gagne sur l’espace. Le monorail est suspendu à 10 m ou plus,  au dessus de la terre ferme ou des structures existantes, par des pylônes de béton. Il n’y a quasiment aucune destruction à faire donc. Ce n’est pas jolie, mais c’est moins moche que les taxi-be polluants d’aujourd’hui.

Le flux est garanti et sécurisé. Contrairement à un réseau sur la terre ferme, le réseau suspendu est dédié et ne pourra se faire squatter par les charrettes, marchands ambulants, piétons, voiture en panne, bref ceux qui créent les embouteillages. On peut ainsi utiliser des wagons pouvant contenir 60 personnes et circulant à 200 km/h avec quelques minutes d’intervalle et sans aucun risque! La suspension de la voie permet également l’installation et l’utilisation de la puissance électrique nécessaire sans risque pour la population ni risque de branchement sauvage.

Les améliorations technologiques sont disponibles. Nous avons vu que la technique fonctionne déjà dans le monde entier. Le monorail de Wuppertal en Allemagne, existe depuis 1901 et transporte aujourd’hui 85.000 personnes par jour. Mais il existe aujourd’hui une technologie qui s’appelle le moteur-roue, qui permet une utilisation plus performante des moteurs électriques. Ce n’est pas une lubie puisqu’aujourd’hui, Protean electric, TM4 systèmes électrodynamiques, Michelin et son active wheel , Ecomove, pour ne citer que ceux qui sont sous le feu de la rampe, y travaillent et y investissent. Alors vous allez me dire quelle utilité à part la nouveauté technologique en elle même? L’utilisation de cette technologie permet de grimper les mêmes pentes que les voitures, chose que les « rails classiques » ne savent pas faire, elle permet un déplacement à grande vitesse et surtout elle optimise le rendement du moteur ce qui rend l’utilisation moins chère.

Maillage. 100 km de monorail car les cinq axes de sortie de Tana (Ambohimanarina au nord, Ilafy au nord est, Mahazo à l’est, Ankadimbahoaka au sud et Ampitatafika à l’ouest) irrigués sur 15 km au alentour et « transperçant » la ville jusqu’à un hub central. Et un réseau circulaire sur 25 km. Sur la terre ferme, un réseau de bus électrique complétera le maillage dans la ville. Les rues et routes seront aménagés pour les vélos et les usagers seront encouragés pour louer ou acheter des vélos électriques qu’ils pourront  laisser sous bonne garde dans les stations. Ça c’est la version finale, mais on peut commencer par un Tana-Ivato qui fait environ 10 km.

Les autres moyens de transports. Un péage sera instauré en fonction de la puissance du moteur et augmentera chaque année pour rentrer dans la ville. Le but est de rendre la ville aux véhicules électriques en moins de 20 ans. Tous les véhicules à traction animale (pousse, charrette, …) seront interdits à tout instant de la journée sur le réseau routier dans la ville et ses alentours.

Coût. L’IREC, dans ce document, évalue à 9 millions de dollars le kilomètre installé pour ce type de technologie au Québec. C’est important, mais en vis à vis il faut mettre les importations des carburants, la construction des routes et surtout le développement qu’un tel réseau engendrerait. En réduisant la vitesse max et en considérant la situation malagasy, le coût diminuerait probablement mais cela relève d’une étude plus sérieuse qu’une simple conjecture sur un blog. Mais, même à ce coût là, si on construit 100 km de réseau de monorail autour de Tana, ça ne ferait que 900 millions de USD. Comme ordre d’idée, Madagascar en 2012, selon l’OMH, a importé 700 millions USD de carburant rien que pour circuler et alimenter les générateurs polluants que la jirama loue au prix fort à quelques initiés.

 

 

 

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5 commentaires pour Guérir Vohitsara par le transport

  1. Moi aussi j’aime VOHITSARA ! mais je la guérirais autrement: Au lieu de la doter, encore une fois, d’un modernisme qui ferait d’elle « une belle femme dans une vitrine » pour attirer les « ruraux » à gonfler les rangs des tananariviens pollueurs, je mettrai ces millions de dollars ( vous avez bien dit 9 millions de dollars le Km) dans la centrale hydroélectrique d’ Andekaleka qui ne fonctionne actuellement qu’en infime partie. Faisons le compte: 900 millions de dollars, empruntés, pour faire fonctionner votre monorail, plus 700 millions de carburants économisés car Andekaleka va fonctionner = un petit milliard et 600 millions pour électrifier les zones rurales plus ou moins proches et encourager les installations d’usines, des lieux de travail, des commerces, des logements, des lieux de vie … qui retiendront les gens sur place, à la campagne, afin de dégager, dégager et dégager la ville actuelle. Evidemment, on comptera sur le nouveau Président et son équipe pour faire un bon plan rural d’urbanisation. Electricité et eau courante dans une maison écolo. en terre à la malgache (cf. les maisons malgaches à Yocontigo d’Ambohidratrimo): cela fera déjà rêver bien des familles plutôt que d’être tassée à plusieurs dans une petite pièce louée très chère en ville parce que c’est uniquement dans la ville qu’ elles trouveront du travail, une école pour les enfants, tous les produits, le médecin etc.

    • andrianjorar dit :

      Mais il ne s’agit pas d’opposer deux solutions. Qu’il faille électrifier le pays, oui. Et ce n’est pas seulement Andekaleka car il y a encore 7300 Mw à mettre en œuvre. D’ailleurs le monorail est électrique. Mais il faut, qu’on le veuille ou non, résoudre le problème de Tana qui croule déjà sous la circulation pour cause de surpopulation car l’expérience à montrer que créer des villes nouvelles attire de nouveaux arrivant et désengorge très peu les structures existantes

      • Je reprends ta phrase: « il faut…résoudre le problème de Tana qui croule sous la circulation pour cause de surpopulation… » donc notre problème commun est: Comment résoudre ce problème ? Tu as trouvé le Monorail, qui, à mon humble avis, va être vite saturé de voyageurs car plus de monde va venir encore habiter en ville; J’avance une autre solution: déstructurer Tana . Certes, ce ne sera ni facile ni faisable à court terme puisque le mal a commencé depuis quelques dizaines d’années, mais c’est tout à fait concevable.
        Je souhaiterai bien avoir l’avis de beaucoup de Tananariviens sur cette page !

  2. andrianjorar dit :

    Je ne pense pas que construire des villes nouvelles autour de Tana puisse réduire le nombre de population utilisant la ville. C’est un rapport entre le flux et la surface d’absorption qui a un plafond. Supposons que demain il n’ y ait plus aucun service à Tana, pas d’administration, pas de marché, pas de société. Tous les locaux seront alors à des fins d’habitation. Et bien il faut quand même sortir ces habitants de là pour aller bosser et les ramener. et dans ce cas, ce n’est plus 2.000.000 de personnes que tu dois transporter mais le double ou le triple, quatre fois par jours. Dans ce cas il faudrait non seulement des monorails rapides mais à haute fréquence (toutes les minutes ou 30 sec par exemple)

  3. jeanlui dit :

    andrianjorar, je ne suis pas malgache et je ne connais pas Madagascar, mais le fait d’ouvrir des villes nouvelles bien connectées permet de délocaliser une partie de l’activité économique et donc du transport des métropoles.
    Le monorail et l’électification avec les ressources locales pourraient etre une solution qui profite aux communautés.
    Le fait d’associer la communauté au plan de développement est toujours le bon moyen.

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