Levons des barrières de la connaissance


Deux « clichés » pour démarrer :

* Nos universités, qui étaient une de nos fiertés nationales autrefois, sont devenues des hauts lieux de frustration sociale et de guérillas pour des nano-pouvoirs. Il en résulte un système, où les têtes les plus remplies de la nation ne sont plus capables de fabriquer que des chômeurs. Imaginez le sentiment des jeunes qui font 15, voire 20 ans d’études pour faire ce constat.

* Savez-vous combien gagne un instituteur payé par les parents d’élève (FRAM)  dans un village à 5 km de la Capitale? 50.000 ar. Est-ce le salaire officiel? Je n’en sais absolument rien, mais celui que je connais gagne ça. Et il est instituteur depuis 5 ans dans ce bled. Les gamins de « son » école ont la plupart une dentition cariée à mort et une saleté qu’on n’imaginerait même pas pour le dernier des chiens errants. Supposons maintenant que 4 millions de malagasy vivent en ville, – je ne sais même pas quelle est la situation de l’enseignement public en ville – il y a de fortes chances donc que l’éducation des enfants pour les 18 millions de malagasy non citadins soit dans cet état.

Sont-ce les principaux problèmes de l’éducation à Madagascar? Je ne saurai le dire. Par contre, persévérer à faire la même chose en espérant qu’un miracle se produise pour que nos compatriotes deviennent des citoyens responsables et capables de faire face à la concurrence mondiale relève de l’ineptie.
La proposition suivante concernant l’éducation et la formation n’est peut-être pas une solution frontale aux problèmes évoqués, mais elle peut contribuer à « rêver d’un monde meilleur pour notre partage de connaissance ».

Volet 1 : Revisiter les écoles primaires publiques
Imaginons une école primaire descente avec :
– Des instituteurs bien formés, maintenus à niveau par des stages permanents, et heureux de faire leur boulot car correctement rémunérés;
– Plus de contenus et de supports pédagogiques multimédias en malagasy sur un format numérique, exploitant les capacités de ce support à des fins pédagogiques. On remplacera alors les cahiers et les livres par une seule et unique tablette. Et les auteurs des applications seront payés de façon forfaitaire plus une « royalty » sur chaque distribution.
– Des écoles où les enfants peuvent apprendre l’hygiène (des toilettes et des salles de bain digne de ce nom), des réfectoires pour s’alimenter correctement au moins le matin et à midi, et une infrastructure pédagogique (salles de classe et salle d’étude connectées, centre d’activité physique …) correcte.
Bref une école où on aurait envie d’envoyer nos propres enfants, ce n’est pas trop demander, non?

Comment allons-nous financer cela alors dites-vous?
– L’investissement initial pour les infrastructures, qui devra suivre un cahier de charges assez strict, sera à la charge de l’état. Les parents d’élève et la commune seront parties prenantes dans la sélection du maître d’œuvre afin d’inciter et favoriser les entrepreneurs régionaux le cas échéant.
– L’association des parents d’élèves ainsi que la commune devront gérer le fonctionnement de l’école par la suite. Nous sommes là dans un cas de décentralisation effective, où le pouvoir local doit se battre pour des revenus locaux à usage local.
– Des incitations fiscales seront utilisées pour que les entreprises investissent directement dans le fonctionnement des écoles. Ceux qui investissent dans les communes les plus pauvres et les plus reculées pourront bénéficier des allègements fiscaux plus importants.

Est-ce qu’on va pouvoir financer toutes les écoles primaires publiques de la sorte? Je n’en suis pas sûr. Par contre, si on arrive à la fois, à créer un modèle motivant pour les élèves, les enseignants et les parents, et à la fois assez incitatif pour les entreprises (en agissant directement, elles voient les conséquences de leurs actions et en plus elles payent moins d’impôts), on pourrait avoir un modèle qui peut se développer rapidement pour devenir reproductible.
Et qu’est ce qui se passe si ça ne marche pas? Seul le financement risque de ne pas suffire car pour le reste, je ne pense pas que les personnes concernées ne soient pas intéressées. Dans ce cas, moi je prélèverai plus de taxes sur l’alcool, le tabac et les voitures. Ils croulent déjà sous les taxes? Ce n’est pas grave, comme cela ce sera un peu plus difficile de se faire de l’argent en rendant les gens malades.

Volet 2 : Des camps d’entraînement entrepreneurial
Pourquoi? Un artisan est un entrepreneur, le paysan qui cultive sa terre aussi. Il faut donc cesser de croire qu’il faille faire des études dans les meilleures universités du monde pour être chef d’entreprise. Apprendre à entreprendre, consiste à rationaliser ce qu’on fait et cela ne nécessite pas d’avoir un MBA ou sortir de l’INSCAE. Le chinois au fond de la brousse le fait instinctivement quand il collecte et tient sa boutique de « marchandises générales ». Il en est de même pour le karana qui reprend la quincaillerie de son père, qui l’a hérité de ses grands parents. Ce sont des clichés, je vous l’accorde mais qui ont des fonds de vérité.
Pourquoi « camp »? Plutôt que de bourrer le crâne des participants avec des sujets abstraits, il faut apprendre à tous ceux qui veulent se battre, quel que soit l’age, la race et les compétences, la démarche entrepreneuriale la plus rationnelle, pour que les inspirations et les motivations de ses personnes, deviennent un moteur créateur de richesse.
Pour cela, l’état (1) doit lancer un appel d’offre pour la création et la mise en œuvre de ces camps d’entraînement entrepreneurial avec le cahier de charges suivant :
1. Le camp doit apprendre à toute personne motivée qui sait lire et écrire, à  maîtriser les domaines de la création d’entreprise, de l’appréhension des opportunités à la mise en œuvre des projets.
2. La  durée de la formation ne doit pas excéder deux ans et le coût de la formation est librement fixé. Aucun diplôme ne devra sanctionner la formation par contre, le camp doit assurer l’incubation des meilleurs projets car c’est ainsi qu’il tirera le plus gros de ses revenus. Chaque projet incubé bénéficiera de facilités de financement, aides fiscales, exonérations … et le camp aura le droit de se rémunérer sur l’encadrement des projets pour sa fonction d’incubateur.
3. La capacité de financement disponible pour chaque camp augmentera en fonction de :
– La facilité d’accès à la formation (moindre prérequis, coût réduit, localisation géographique …)
– La quantité de projets réussis (autonomie et viabilité dans le temps)
4. Une branche universitaire avec des chercheurs et des moyens suffisants sera financée par le projet pour :
– Suivre tous les camps et pour valider leur accès au financement;
– Diffuser les meilleures pratiques;
– Rendre le projet viable et autonome.

Il est évident que tous ceux qui rentrent dans un camp ne sortiront pas à la tête d’une entreprise. Par contre, au moins on donnera plus de chance à ceux qui doivent le faire.

Volet 3 : Rentabiliser les têtes pensantes
L’héritage que nous a laissé la culture catholique française veut que les intellectuels ne se « salissent pas les mains » dans les affaires et ne « s’abaissent pas à faire de l’argent ». Conséquence, aujourd’hui, nos intellectuels sont devenus pauvres, même intellectuellement. Toujours un cliché ou une de mes violences gratuites? Pas si sûr! Par contre, les américains ont compris une chose : quand la recherche (et donc les réflexions et les analyses aussi) travaille avec ceux qui savent faire du fric, alors l’industrie, la recherche et l’économie avance.

On n’a pas besoins du Department of Defense ou de la Silicon Valley pour faire la même chose. Il y a des domaines qu’on peut et doit maîtriser  :
– Transformer l’eau, le vent et le soleil en énergie sont des technologies en pleine évolution aujourd’hui. La mentalité de descendant d’esclave voudrait qu’on attende que les autres le fassent pour nous. Sinon, on peut se prendre en main comme le font les chinois, les indiens et les asiates par exemple.
– La maîtrise d’une agriculture propre et raisonnée est vitale pour ne plus importer tout et n’importe quoi. Utiliser des engrais sans sulfater nos nappes phréatiques, maîtriser les attaques des insectes sans décimer les abeilles, entretenir la richesse de notre nature et ne pas subir le diktat cupide (et stupide) des semenciers, remettre sur les rails les produits qui ont fait la fierté du pays (vanille, cannelle, girofle…)
– L’exploitation et la préservation de nos richesses souterraines et naturelles doivent s’inscrire dans une logique nationale et pérenne, qui ne soit pas à la merci des ambitions avides et vénales. Mais de l’autre côté, on ne doit pas non plus s’agenouiller devant les postures simiesques de ceux qui veulent défendre les primates avant les malagasy sous prétexte qu’ils ont des euros ou des dollars.

Rien que dans ces trois grands domaines, de l’argent peut couler à flot et les compétences, que ce soit dans la recherche ou dans le développement sont plus que nécessaires. Quant à ce qui qu’il faut faire, vous connaissez ma rengaine : apprenons des meilleurs et maîtrisons nos savoir-faire.

(1) On parle de l’État mais cela peut très bien être une fondation privée quelconque ou un organisme international qui en a marre de perdre de l’argent bêtement dans des projets qui se termine en « R »

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3 commentaires pour Levons des barrières de la connaissance

  1. neil dit :

    Je ne peux que souscrire a tout ce qui est developpe.
    Si tu te portes candidat, fais signe hein😉

  2. neil dit :

    Encore un petit effort donc!!

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