Golf : pourquoi la proportion de « bons joueurs » n’évolue pas?


IK Kim, une des meilleures joueuses de moment

IK Kim, une des meilleures joueuses du moment

De tous les sports que j’ai pratiqué à ce jour, le golf est celui qui m’a passionné le plus car c’est le jeu le plus simple qui soit en apparence, et pourtant, il regorge de possibilité et de variation. Surtout pour quelqu’un qui prend de l’age. En plus, c’est comme sur un blog : vous êtes seul maître à bord! Et le règlement est encore plus simple : parcourir les 18 trous en tapant le moins possible dans la balle.

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Michelle Wie, étudiante à Stanford et professionnelle sur le circuit LPGA

De nos jours, avec les magazines et les millions de gigaoctets de vidéos sur le net pour vous dire comment taper dans la balle pour chaque situation, ça doit être le sport le plus discuté et et le plus documenté techniquement. Et comme cela ne suffisait pas, le moindre téléphone portable aujourd’hui a une fonction vidéo qui vous permet de vous comparer à ces vidéos de références. Donc si le jeu est si simple et qu’il y a autant d’informations pour apprendre à taper dans la balle, normalement le nombre de « bons joueurs » doit augmenter, n’est ce pas? Et bien non !!! Le nombre de joueur de golf dans le monde a augmenté, mais proportionnellement, environ 96% des joueurs qui font de la compétition, ont un index à deux chiffres (1) et ce ratio est stable dans le temps. Pourquoi?

D’abord parce qu’une partie importante des joueurs et joueuses de golf considère la compétition comme un jeu d’amusement et un non un concours d’excellence. Mais paradoxalement, sur la terrasse après un parcours, ce sont ceux qui se plaignent le plus de la qualité de leur jeu. Ce n’est bien sur pas une vérité scientifique mais un constat par rapport à un vécu. Alors me diriez vous, pourquoi elles n’apprennent pas à taper dans la balle correctement? Parce qu’apprendre est fastidieux et dans la tête d’un humain standard, une activité ludique du week-end ne doit pas être fastidieuse.

divot

Tant que votre divot ne sera pas ainsi (balle-terre), vous ne savez pas encore taper dans la balle

En suite vous avez ce que j’appelle les aficionados. Ils ont quasiment tout lu et tout vu sur le golf, un peu comme les supporters au foot. Ils représentent le gros de la troupe en compétition. Ils jouent un peu (mais vraiment un tout petit peu) mieux que les « ludiques », mais ils atteindront rarement le niveau one digit. Souvent, ils vous diront que le golf c’est de l’entraînement d’abord (ce qui est totalement faux à un niveau amateur, mais on verra pourquoi plus bas) et comme ils travaillent, il n’ont pas le temps de jouer. Sur le plan marketing ce sont les gens les plus intéressants car ce sont les plus à même de croire aux miracles des nouveaux clubs qui envoient la balle toujours plus loin et plus droit que ceux d’il y a 6 mois. Ce qui est une arnaque totale bien sur, mais 90% des articles et magazines de golf vont satisfaire et conforter la vision de cette population pour faire vivre l’industrie du golf.

Après, vous avez ceux qui prennent des cours, et/ou qui ont la chance de pouvoir s’entraîner souvent. Ceux qui se donnent de la peine pour évoluer. De ceux-là, environ un quart auront la chance de comprendre comment on doit taper dans la balle. Vous les mettez trois ans hors d’un parcours de golf, après 2 ou 3 parcours et quelques practices, ils sauront toujours comment faire. Ce sont ceux qui ont compris comment il faut taper dans la balle et ils sont également les moins bavards car ils savent que rien n’est plus personnel que l’appréhension d’un swing de golf. Les 3/4 restants de ceux qui font des efforts pour évoluer sont empêtrés dans les « tips » (trucs) et les « drills » (petits exercices) pour essayer de rafistoler un swing souvent de travers. Et effectivement, dans ce cas, il faut taper des milliers et des milliers de balles pour mécaniser un swing souvent atypique que vous allez perdre au moindre arrêt de votre entraînement. Et il donc normal que 99% des golfeurs amateurs vous disent que le golf c’est essentiellement du pratice (entraînement) car ils n’ont rien compris au swing et il doivent s’en remettre à des réflexes pavloviens, qui ne sont pas naturels du tout. Les golfeurs vont bien sur me tuer en m’accusant d’être prétentieux et péremptoire sur ce coup. Mais ce qui suit pourrait justifier ma posture.

D’abord, il faut savoir qu’un bon swing de golf est un mouvement à élan :

  • facilement répétable, qui ne tord ni les bras ni le dos ni les pieds, donc bien équilibré et stable même à 100% de votre vitesse maximale,
  • qui, sur le fairway, touche tout le temps la balle avant la planète bleue, en étant square, c’est à dire sans effet latéral,
  • qui permet la maximisation de l’accélération de la tête du club et qui doit toucher la balle avant la fin cette accélération.

Si vous taper la balle ainsi, vous avez 99 chances sur 100 de savoir jouer au golf. Seulement voilà, il y a au moins 3 ou 4 grandes familles de méthode pour y arriver. Elles semblent différentes en apparence et le changement d’une méthode à une autre peut désorienter une personne qui n’a pas bien approfondi le sujet. Mais à regarder de plus prêt, les trois principes de base évoqués ci-dessus, restent rigoureusement les mêmes. Les différences « formelles » sont  de l’ordre du commercial ou pire, de l’idéologie. Malheureusement, même parmi les one digit, énormément de joueurs n’ont pas compris ces principes de base, car ils confondent méthodes et connaissance utile. Par analogie, la méthode pour cuire un riz peut être faire bouillir de l’eau et tremper le riz dedans jusqu’à la cuisson, utiliser un rice cooker, ou à la malagasy. La connaissance utile est que, pour cuire le riz, il faut chauffer et saturer le riz d’humidité, jusqu’à la cuisson du cœur du grain.

Une fois que vous avez compris ce qu’il faut faire, c’est 50% du chemin qui est fait, il reste à le mettre en œuvre. Et comme toute activité physique, un swing s’appréhende de trois manières différentes : ce que vous avez l’intention de faire, ce que vous ressentez en le faisant et ce que vous faites vraiment. Si vous ressentez ce que vous faites vraiment et c’est ce que vous aviez l’intention de faire alors c’est gagné, et seulement à ce moment là, vous pouvez bétonner en mécanisant votre swing par de l’entraînement. Si vous le faites avant, c’est peu comme si vous construisez une maison sans fondation ni murs porteurs, elle s’écroulera tout le temps. Seulement, l’intention à partir de la connaissance, l’acte et le ressenti sont trois choses différentes, et pour arriver à les relier, il faut absolument une aide extérieure, qui soit capable de vous montrer l’écart entre ce que vous faites vraiment et votre intention. Accepter qu’il y ait une dissociation entre ce que vous faites et ce que vous avez l’intention de faire nécessite de l’humilité et de l’intelligence car en temps normal, on traiterait une personne de la sorte comme étant atteint d’une apraxie idéomotrice (l’incapacité à exécuter un geste sur demande). Mais en fait, à la vitesse d’un swing, et étant donné la force centrifuge en jeu, c’est tout à fait normal. Cette aide normalement est le rôle du pro qui doit vous encadrer. Pour en avoir fréquenté quelques uns, je peux vous dire que mêmes les plus compétents NE PEUVENT PAS savoir votre ressenti à moins d’avoir des dons divinatoires ou d’être capable de rentrer dans votre corps.

Alors, la plupart inverse la question et vous demande de mécaniser votre swing selon leur méthode en faisant abstraction de votre ressenti. Ça marche si vous êtes suivis jusqu’à ce que le swing fonctionne. La limite est le doute. Le jour (et ça arrivera tôt ou tard) où votre swing sera grippé, si la personne qui vous a mécanisé votre swing n’est pas là pour analyser les écarts, ou si elle a atteint la limite de sa capacité d’analyse, alors vous êtes mort. Une solution pérenne est alors l’indépendance analytique, qui vous permettra de faire une construction personnelle, à votre vitesse pour maîtriser l’écart entre le ressenti et l’acte.

(1) L’index normalement situe votre niveau. Si vous avez un handicap (ou index) de 10 par exemple, vous devez parcourir les 18, en tapant au maximum dix coups de plus que le par du parcours soit 82 pour un par 72. On appelle « one digit » les joueurs ayant un index égal ou moins de 9, et on les considère comme étant à peu près de « bons joueurs ». Au delà, l’index est à deux chiffres et on considère que le niveau n’est pas terrible.

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8 commentaires pour Golf : pourquoi la proportion de « bons joueurs » n’évolue pas?

  1. Dieter Praun dit :

    Magnifique….
    Dieter Praun PGA France

  2. andrianjorar dit :

    Salut Dieter,
    Si un membre du PGA trouve ce post sensé, c’est qu’il ne doit pas être totalement stupide alors😉
    Merci

  3. alex123 dit :

    one digital ? à peu près un bon joueur ? trop drôle. donne vraiment pas envi de s’y mettre à ce sport

  4. axel dit :

    D’accord sur tout l’article. Sauf la fin. Un joueur one digit n’est pas « à peu près bon », c’est un joueur déjà très solide. En fait quand on est bogey player (cad entre 18 et 22) on a déjà un swing en place et il arrive que la différence se trouve au niveau de la constance au petit jeu et au putting plus qu’au contact de la balle (oui, je sais un belle approche levée au mat nécessite un bon contact).
    Enfin, il est difficile d’apprehender la sensation de contact balle terre avec des club à semelle large qui presente en general beaucoup d’ offset. Pour progresser sur cet aspect là des chose sans se retrouver avec des club injouable, passer à des demi-lame peut être un option interressante.

    • andrianjorar dit :

      En fait tout dépend du référentiel choisi.
      Un swing en place pour moi, c’est quelqu’un qui maîtrise son contact avec la balle est qui a étalonné ses clubs. Donc qui est capable de toucher 3 fairways sur 4, qui peut prendre au moins 9 à 10 régulations sur une 18 trous, qui sait travailler la balle, la levée ou la garder basse et qui va tout le temps essayer de « couler » la balle avec un chip autour du green.
      Maintenant, la largeur de la semelle et l’offset amha n’a rien à voir avec le contact de la balle. Pour preuve, on peut très bien comprimer la balle avec un bois de fairway ou un hybride (rescue)

  5. Francois dit :

    Tout à fait d accord, je suis index 7,0 et franchement y a rien de formidable. Pour moi un bon joueur de golf est 0 et pas au dessus. En effet un scratch joue en moyenne 3/4 en stroke c est à dire au dessus du par. À mon niveau ma moyenne de stroke est de 14,4 cette année. Je vous raconte pas un joueur 12 ou plus. La différence entre un 12 et au dessus et un 7 c est juste pouvoir compter toute mes parties en mais pas de savoir jouer.

  6. Max dit :

    Roooooh le citron !
    Si 4% des joueurs mondiaux sont « one digit », c’est à dire en dessous de 9, c’est qu’ils sont rares, et donc solides !

    Si on compare le golf au Foot, l’argument du « jeu », de la « détente » du Week-end n’est pas valable. Comptez le nombre de joueurs de foot pro, voir semi-pro et le reste des licenciés….

    Pour rappel, dans les années 80-90 j’étais 6-7 et je faisais partie des 2000 meilleurs joueurs Français. Aujourd’hui être 2-3 dans un gros club, on est classé 20ème…. du club….

    Bref je trouve l’article bancale

    • andrianjorar dit :

      Vous le dites vous même : dans un gros club. Et les chiffres étaient les stats de la PGA. Le « français moyen » qui se met au golf c’est récent donc normal qu’il y ait aussi une variation positive dans le temps.

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