Les recherches à Madagascar


J’ai récemment évoqué l’importance de l’investissement que l’État malagasy doit faire concernant la recherche. Un jeune étudiant m’a réfuté en disant que cela ne servait à rien dans la mesure où on a des siècles de retard sur tout le monde dans tous les domaines et qu’ils suffisaient à nos industriels de copier ou au mieux d’acheter des licences de production. Comme ni l’instant ni lieu n’était idéal pour ce type de discussion je n’ai pas donné suite à la réponse. Je trouve cependant que le sujet vaut bien un post.

Il est certain que l’usage des licences et des savoir-faire existants ne doit pas être négligé dans la mesure où ils permettent de faire l’économie d’une recherche qui a été déjà validée. Et aujourd’hui effectivement, il serait difficile de concurrencer Toyota ou VW pour l’optimisation d’un moteur diesel si nous malagasy nous allons partir de scratch. Donc si  on veut construire une voiture malagasy, il vaut mieux acheter une licence existante. Mais il n’y a pas que cela.

Aux yeux de plusieurs personnes, l’informatique représente l’avancée technologique et la langue malagasy rappelle douloureusement, à plusieurs d’entre nous, des années de régression quand on a du renoncer à l’enseignement avec la langue française sans avoir réussi celle en malagasy. La recherche est le premier vecteur de réduction de distance entre ces deux sujets, et paradoxalement, ce sont deux domaines fortement liés.

Prenons par exemple les OS(1) et les applications. Si nous voulons qu’un jour, nos enfants s’approprient ces outils, la première des choses à faire est de les traduire en malagasy. Il y a donc une recherche linguistique à faire pour traduire des mots techniques dans ces outils. Ceci pourrait permettre à Windows ou de Mac OS de vendre plus de produits à Madagascar, et un Ubuntu traduit en malagasy permettrait également de donner accès au meilleur des OS existants actuellement à tous nos enfants. Mais le plus important n’est pas là. Cette recherche linguistique permettrait de traduire les vocabulaires techniques de l’informatique en malagasy, ce qui rendrait cette connaissance plus accessible au étudiant malagasy qui ne maîtrise pas bien l’anglais. Bien sur, à terme ils seraient toujours amenés à étudier l’anglais pour travailler à l’international, mais ce serait déjà une porte d’entrée plus facile que le français qu’on ne maîtrise pas bien. Le deuxième point est la fierté. Il n’y a rien de plus énervant que d’entendre quelqu’un qui est incapable d’aligner une phrase correcte que ce soit en français ou en malagasy et qui vous sort en zozotant : age fade lèche fa za tsy mi-meutriser bian lé malagache an! Ni rien du tout d’ailleurs ! Un bouton « malagasy » dans « google traduction » nécessiterait effectivement un travail conséquent sur la structuration de notre langue, mais il serait un objectif sensé pour qu’elle soit notre meilleur outil de développement.

Sinon, vous savez tous ce qu’est une application de reconnaissance vocale. Comme son nom l’indique, c’est une interface qui permet à un ordinateur ou un smartphone de comprendre ce que vous dites. Apple, avec son Siri, en a fait son cheval de bataille pour vendre son

Ne pas confondre l'interface vocale d'Apple qui ne sert à rien à Madagascar...

Ne pas confondre l’interface vocale SIRI d’Apple qui ne sert à rien avec des noms malagasy…

smartphone depuis l’avant dernier modèle, mais pour l’avoir essayée, que ce soit en anglais ou en français, je peux vous l’assurer : c’est une daube et ça ne vaut rien pour un malagasy à Madagascar !! Moindre mot en malagasy et elle est perdue. Donc n’y penser même pas à une localisation d’un lieu à Madagascar ni la considération d’un nom malagasy dans votre répertoire. Et le pire : elle est infoutue d’apprendre quoi que ce soit. Imaginez maintenant qu’une telle interface marche en comprenant le malagasy et qu’il soit sur une tablette qu’on distribuerait aux enfants dans les contrés les plus reculés du pays.

...et le Système rizicole intensif inventé à Madagascar et qui marche très bien partout dans le monde

…et le SRI (Système rizicole intensif) inventé à Madagascar et qui marche très bien partout dans le monde

Sans savoir écrire, un enfant peut apprendre l’anglais ou les maths. Sur un smartphone, n’importe qui pourrait traduire une phrase en malagasy ou dans une autre langue pour se faire comprendre par des étrangers. Trop dur me diriez vous? Absolument pas! Avec des outils comme VoiceXML et des bases de données de prononciation et d’acoustico-phonétique malagasy, c’est faisable TOUT DE SUITE !!

Et il y a  des domaines, où on  excelle déjà. Rappelons par exemple que la technique de culture rizicole SRI qui est aujourd’hui utilisée quasiment partout en Asie a été créée à Madagascar. Pourquoi on ne saurait pas refaire la même chose dans d’autres produits qui nous sont propres comme les fruits tropicaux ou la production du Rojovola, le fameux riz rouge royal?

Alors je pense que la recherche est une nécessité à Madagascar et ce ne sont pas les domaines de recherche qui manquent.

(1) OS : operating system ou système d’exploitation comme Windows, linux, android, Mac OS….

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