Une brique pour avancer ou un pavé dans la mare?


Il y a une question sur laquelle je reviens et reviendrai souvent sur ce blog : pourquoi un pays comme le notre, après 52 ans d’indépendance reste indubitablement indigent alors qu’un caillou comme Maurice ou Singapour avancent, et sont déjà loin devant nous, en terme de richesse moyenne de la population. Vous allez me dire qu’il n’y a pas que ça dans la vie, mais c’est quand même un indicateur plutôt objectif de la réduction de la pauvreté.

Parmi les responsables,  j’avais identifié les intellos pour leur « absence » face aux inepties des dirigeants. La réponse fut rapide ; ma belle mère se défendait en disant qu’à son époque, oser critiquer Rastiff c’était risquer la mort ou la prison à chaque instant. Avec mon patère, c’était pas mieux. Il se plaisait à dire « si tu es si intelligent que ça, tu n’as qu’à nous montrer ce qu’il faut faire ! » Bref, chacun à leur façon, s’est défendu et s’est justifié. Ils ont surement essayé de faire quelque chose de leur côté, comme tous nos aînés et leurs parents surement, mais le résultat est là : on est encore et toujours dans la mouise. Donc objectivement, (attention je vais lâcher une profanation) ils se sont plantés. Pas particulièrement ces deux personnes précitées, mais l’ensemble de nos aînés et parents, qui nous ont légué un pays pauvre. C’est un fait. Et ce n’est pas à cause de De Gaulle ou de Mao Tse Tung, mais bien à cause des malagasy qui n’ont pas pris les bonnes décisions sociétales depuis.

Pour évoluer et avancer donc, il faut faire autrement. Et surement que des milliers de compatriotes se posent la même question que moi. Pour apporter ma part de brique dans cette construction, j’expose donc le « autrement » le plus rationnel pour moi aujourd’hui, qui est d’apprendre des expériences du passé dans la mesure où la lecture du futur n’est pas encore une science exacte (car dans ce cas on pourrait éviter à l’avance les causes des erreurs futures).  Ce qui nous amène pour le moment à utiliser un cycle d’amélioration continue : apprendre des erreurs du passé, copier les bons procédés (d’ici et d’ailleurs) et améliorer les réussites pour un avenir meilleur. Et ceci avec la participation de toutes les parties prenantes.
Quatre idées simples à priori. Ce ne sont pas des règles divines ni des incantations magiques, mais tous simplement des principes de base dont la véracité semble avoir été validée plus souvent par les expériences du passé, que de simple « yakafaukon ». On se demande alors pourquoi elles n’ont pas réussi ou n’ont pas été mise en oeuvre à Madagascar depuis.

Mes réponses à cette question ne peuvent être scientifiques dans la mesure où je n’ai pas les moyens de les valider ou de les invalider. Par conséquent, à partir de là, je suppute, je lance des hypothèses et des idées pour ouvrir le débat.

Ma première explication serait la complexité. Les occidentaux ont cru qu’on pouvait mettre le monde en équation, que des règles universelles existaient pour le monde entier, alors que même Dieu s’est planté à ce petit jeu d’après les ntaolo malagasy (nanaonao fahatany toy an’Andriamanitra nanao ny kary). Les faits ont montré que notre niveau de connaissances aujourd’hui ne permet pas de construire un modèle capable d’appréhender de façon holistique, même le plus petit des mondes.  Les institutions de Bretton Woods ont mis par exemple trente ans avant de comprendre que le seul truc de sûr dans leur modèle économique était leur capacité à endetter les pays qu’elles aidaient. Leurs objectifs de développement étaient largement manqués et par rapport au moyens engagés et la durée de l’erreur on peut même parler d’incurie. Et pourtant, il y avait la fine fleur mondiale des économistes et des financiers dans leurs murs. Du coup, il a fallu d’autres stratégies que la tentative impossible (pour le moment) de modélisation totale pour essayer de comprendre le monde. C’est ainsi que des visions comme le think globally, act locally ont pris un sens plus compréhensible car elles se positionnent sur une dimension plus humaine. A ce titre, le travail des personnes comme Esther Duflo et Abhijit V. Banerjee  me parle plus et me semble être plus « sensé », que les programmes financés par le FIDA à Madagascar.

La deuxième explication serait culturelle. S’il y a une chose qu’on adore à Madagascar ce sont les prétendus infos premium mais de source « confidentielle ». Tous le monde use et en abuse; des journaleux aux politiciens, en passant par le petit bluffeur dans la rue. Du coup, les hoax les plus stupides circulent. Un soit disant éminent politicien, interrogé sur les détails de son programme politique répondait qu’il avait déjà toutes les réponses à tous les problèmes mais que c’était confidentiel parce que ses adversaires ne font que piller ses idées !!! En fait il n’avait qu’une vague idée de ce qu’il fallait faire (comme le commun des mortels) mais ne savait absolument pas comment s’y prendre et ne s’est absolument pas préparé pour l’exercice du pouvoir. Il n’y a alors qu’un pas à franchir pour trouver normal qu’une personne condamnée par la justice ou célèbre pour son art du chantage et de l’extorsion soit dans un gouvernement ou dans une assemblée de représentant du peuple : ce sont tous des affabulateurs, qui profitent de notre culture obscurantiste, terreau du bluff et de la corruption. La gouvernance y devient alors un exercice de prestidigitation si ce n’est tout simplement l’art de la prédation. Et il est tout à fait naturel que la violence en soit la réponse de ceux qui ne peuvent se battre sur le même terrain. A ce titre, les adeptes de Remenabila ne font que reproduire les pratiques de ceux qui ont pris le pouvoir par la force en 2002 et 2009.

La troisième raison serait la distance spatiale et cognitive. Xavier Pierre et Véronique Zardet ont travaillé sur ce sujet et le concept est important pour nous. En bref, non seulement la distance géographique engendrée par la taille de notre pays rend difficile la collaboration entre deux intervenants distants, mais en plus quand le paradigme informationnel diffère, alors la compréhension et la collaboration se complique encore plus. Notons qu’ici, il n’est pas question de qualifier ni de classer les informations, mais tout simplement remarquer la distorsion des types d’information utilisés dans la communication. C’est le cas par exemple quand les projets de développement financés par le FIDA essaye d’imposer des techniques de production de riz alors que le problème du paysan est de survivre sans rizière. Tant que les projets de développement seront conçus et gérés dans les bureaux d’Antananarivo ou mieux, à Washington, autant essayer de planter des bois de rose dans la mer ou de faire de l’aquaculture dans le désert, les chances de réussite seront les mêmes.

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8 commentaires pour Une brique pour avancer ou un pavé dans la mare?

  1. neil dit :

    J aime le principe du faire autrement voire j y adhere totalement.
    Je souhaiterais simplement mettre l accent sur la problematique du « faire » dans le sens nous les malagasy, nous manquons cruellement de ce que j appelerai « capacite a faire ».
    La seule capacite dont nous sommes aujourd hui dotes est celle de « constater ».
    Mon oncle a pour habitude de dire que le probleme du foot malagasy c est qu il existe 20 millions d entraineurs potentiels et 0 competiteur capable de batir une equipe qui a la gagne, existence de moyens ou pas.
    J ai tendance a croire que ca en devient une maniere de raisonner au pays.
    Un adage dit que la moindre des actions apporte deux fois plus que la plus noble des intentions.
    Un autre pretend que l entrainement au quotidien conduit a la maitrise et la maitrise mariee au talent se transforme au genie. Quand je me rememore des noms comme Michael Jordan ou encore Roger Federer, je ne peux que partager ce qui est evoque precedemment.

    Comme nous sommes bons a constater donc mais tres peu enclin a faire je reste fidele a cette ligne de conduite: Singapour a ete evoque. Maurice egalement dont je connais moins les recettes du miracle economique. Pour le premier, un certain Lee Kuan Yew a « regne » sans partage pendant quasi quarante ans…..avec les resultats qu on connait aujourd hui.
    Lors d une interview accordee a un journaliste etranger, il a dit ce qui suit:
    « Si je veux la reussite economique a l occidentale pour mon pays? Oui
    Si je veux les exces, les incoherences et les vices qui s y rapportent? clairement non
    Aussi longtemps que je porterai les responsabilites qui sont les miennes, j opterais sans etat d ame pour ce qui sera bon pour mon peuple »

    On l a traite de tous les noms dictateur, autoritaire, despote…..les resultats parlent d eux memes!!
    Et pour essayer d avancer et de garder un optimisme raisonnable, je dis nous les malagasy avons grand besoin d un leader qui nous imposera ce qui sera bien pour nous, au detriment du pain et du cirque dont certains font depuis des annees un credo politique.

    Si on me fait confiance, je suis pret a faire abstraction des etats d ame🙂

    • andrianjorar dit :

      J’ai été et je reste un critique virulent de l’ancien président Ravalomanana car sa vision de la nation est restée celle d’un petit entrepreneur ambitieux : égocentrée sur sa propre réussite immédiate sous un discours populiste. Mais il faut lui reconnaître une chose positive, c’est un homme d’action et il a fait sauter des verrous dans ce sens.
      Maintenant un règne sans partage n’est jamais bon car l’homme juste et intègre peut toujours se tromper. Et sans objecteur ni contradicteur, on risque de persister dans l’erreur. Remarque que je ne parle pas de démocratie😉

  2. andrianjorar dit :

    Attention, ça ne veut pas dire que je ne suis pas critique avec la politique du panem et circences.

  3. neil dit :

    Je rappelle juste que le « petit » entrepreneur ambitieux a ete sinon le seul vrai capitaine d industrie qu ait connu le pays dans sa courte histoire (je raisonne en termes d emploi plus particulierement).
    La polemique sur l histoire du Tikoland m a bien fait sourire. Chez les autres pays, et comme par hasard des pays avances economiquement, on fait tout pour developper les champions nationaux (Danone, GM, Toyota, Samsung, Nestle, Apple, CIBC pour ne citer que ceux la). A croire que ces pays la ont tort sur toute la ligne!!!

    Mais bon tu seras d accord avec moi on a les dirigeants qu on merite.

    Ok pour les contradicteurs et objecteurs.
    Une interrogation cependant: est-ce le role des gouvernants, quels qu ils soient, de creer une opposition? A mon sens, non!
    Alors j ai envie de dire que les gens se prennent en mains, se responsabilisent et qu ils se fassent entendre si tant ils ont des choses a dire et qui permettront de faire bouger les lignes!!!

    A l heure ou l on parle quand j ecoute les echanges qui ont lieu dans les cellules familiales, dans les ecoles, dans les instituts superieurs, j en ai bien peur mais partout j observe de la mediocrite autant dans le fond que dans la forme.

    Hormis la plateforme ici presente😉

    J ai aime le « Miasa, Miasa mafy, Miasa tsara ».
    Pourquoi? pour la simple raison qu il existe actuellement un pays qui en est la parfaite illustration: l Allemagne!
    Pensons quelques instants aux produits allemands et on comprendra facilement pourquoi il est important de travailler, de travailler dur, et de bien faire (voire tres bien faire) son travail……on cultive l excellence!

  4. andrianjorar dit :

    Le rôle des dirigeants n’est pas de créer des opposants, mais ils ne doivent pas non plus user de leurs prérogatives pour les réduire à néant.
    Quand je vois comment les paysans labourent les champs avec leur petit angady, j’ai du mal à croire qu’on ne travaille pas dans ce pays. Par conséquent, ceci conforte mes soupçons sur l’incapacité des personnes instruites à donner une structure et une orientation saine à notre pays pour que chacun contribue et profite de l’amélioration de notre société équitablement

  5. neil dit :

    Et bien rappelle toi que jamais le monde agricole n a ete autant pousse a se developper que sous l ere Ravalomanana parce que veritablement c est le secteur qui travaille le plus dans ce pays.
    Je pointe du doigt avec force egalement l incapacite des instruits a influer sur la vie de la nation.
    Quand tu entends des « azo hoanina angaha ny lalana? » et a moi de preciser que de tels balivernes sont sortis de la bouche d ingenieurs en BTP! Ca me glace le sang et je pese mes mots. Quand tu te rends compte que les delestages a repetition constituent un handicap majeur pour absolument tout le monde. Quand tu decouvres que des pays depensent des milliards et des milliards pour se doter des meilleures infrastructures et que ceux qui sont senses comprendre les enjeux a moyen et long terme de tels travaux te sortent des aneries pareilles!!!
    Tu te fais une idee precise de la qualite de l opposition qui se propose en contre pouvoir.
    Tu sais une chose que je n arrive pas a comprendre jusqu a aujourd hui: pourquoi sur la blogosphere malagasy sont legions les plateformes qui traitent de questions societales d excellente facture! En parallele, je ne rencontre aujourd hui personne pour porter oralement les idees qui y sont developpees dans les debats publics internationaux??? C est dans ces endroits la qu on se fait entendre aussi et qu on influence l esprit des gens.
    Pourquoi les malagasy n y figurent ils pas?
    Parce qu on a pas le niveau?
    Parce qu on est timide?
    Parce qu on n a pas les tripes d y aller?

    .

    • andrianjorar dit :

      Pour accéder à ce que tu appelles « débats publics internationaux » il faut militer, jouer des coudes et parfois se « compromettre » pour y avoir accès, bref, faire de la politique. Il y a un monde entre y être présent et à râler sur un blog comme moi. Ceci étant, tu as raison, un simple blog ne suffit pas pour peu qu’on ait une conscience si on est malagasy

  6. neil dit :

    Il est dit que les petits pas au quotidien amenent a des choses extraordinaires.
    Ce qu il est moins explicite c est que ces petits pas se font par palier, par niveau superieur et par ordre croissant jusqu au but escompte.
    Les blogs font partie de ces dits paliers.
    Quand on reste integre on ne se compromet pas aussi facilement et contre vents et marees, on arrive au bout du tunnel….qui n est jamais tres loin finalement.
    Maintenant si on est seul dans l histoire….faut peut etre se poser des questions.
    Une masse critique de suiveurs est plus qu indispensable.
    Aux « instruits » de drainer ceux qui agissent pour les futures generation et d impacter le cours de l histoire.

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