Amalgame politique et économique


Michael Douglas jouant G. Gekko dont le leitmotiv est « greed is good »

En 1989, pour tous ceux qui ont fait des études économiques ou financières en occident, le modèle était un certain Michael Milkenle premier être humain à avoir gagné plus de 70.000 USD par minute même quand il dormait.
A l’époque, bien que certaines presses et la justice américaine dénonçaient les pratiques frauduleuses de l’idole des jeunes, malgré les dénonciations d’Oliver Stone dans son mythique Wall Street en présentant à l’écran les dérives de Gordon Gekko, la finance de marché et le trading étaient les jobs « in » de l’époque. La finance magique qui produisait plus d’argent que l’économie réelle était là !

Au même moment le mur de Berlin tombait du côté de l’Allemagne. C’était la victoire du « monde libre et démocratique » contre le « communisme rouge ». Et on a vite fait de faire une propagande sur la supériorité du couple « capitalisme libéral + démocratie » sur l’infâme adversaire « communisme + économie dirigée ». La puissance de la machine médiatique occidentale s’occupait du reste alors pour faire passer le message au monde entier.
Les (mauvais) génies de Wall Street, qui voyaient s’ouvrir devant eux la gloire, ont alors vite fait de coller à ce modèle idoine, l’outil idéal qu’est le marché financier. Le mot d’ordre était simple : laissez nous spéculer comme on l’entend car nous sommes dans un monde libre, et les banques auront assez d’argent pour financer l’économie réelle du capitalisme. C’était le capitalisme ultra-libéral.

Le seul hic dans cette grosse propagande c’est qu’on a oublié que le capitalisme, qui glorifie la propriété privée est une chose, la libéralisation totale de la cupidité des marchés en est une autre et ces deux concepts n’ont en commun avec la démocratie et l’équité que l’amalgame qu’on a bien voulu en faire. Mais cette combinaison était le modèle dominant, que personne n’avait le droit de critiquer sous peine de se faire traiter de communiste, la pire des insulte économico-politique à l’époque.
Bien sur après cela, personne ne voulait entendre parler de la Taxe Tobin (proposée en 1972) pour limiter la volatilité des changes (et donc de la spéculation) et personne ne voulait croire au livre prémonitoire d’Alain Peyrefitte sur la Chine  sorti en 1973.

Vive la pensée unique et l’aveuglement analytique des médias !!

Aujourd’hui, les chinois se sont réveillés et ils ont démontré que l’économie de marché n’avait rien à voir avec un quelconque dogme politique ou idéologique. Mais ils démontrent également qu’avec le modèle industriel actuel, qui favorise la concentration des moyens de production et donc des pouvoirs, la théorie du trickle down  (selon laquelle les revenus des individus les plus riches sont in fine réinjectés dans l’économie pour que les autres en profitent) ne marche pas! Et que ce n’est qu’un argument facile pour enrichir les plus riches et ignorer les autres, afin que les indicateurs macro-économiques s’améliorent. Le seul problème est qu’en terme d’effectif, les « autres » représentent 99% de la population mondiale.

Une manifestante en 2011 lors de Occupy Wall Street

Les différentes crises financières de plus en plus violentes (asiatique en 97, sud américaine de ’94 à ’02, américaine en 2008 et aujourd’hui européenne) ont montré de leur côté, que les spéculations financières ne sont que des bulles d’illusions, qui ne peuvent soutenir une croissance de l’économie réelle et que l’autorégulation des marchés n’était pas valable pour les banques les plus riches.
On a appris également entre temps que Bernie Madoff, Goldman Sachs, Lehmann Brothers, Enron et j’en passe des meilleurs, ne sont pas des personnages de la fiction hollywoodienne, mais des vrais prédateurs qui s’enrichissent illégalement sur votre dos en total collusion avec le pouvoir politique, pour sauver les apparences.

Pour conclure, j’aimerai citer le discours de Joseph Stiglitz, aux manifestants de OWS en octobre 2011 :
«Vous avez le droit de vous indigner. Le fait est que le système ne fonctionne pas bien. Ce n’est pas juste d’avoir tant de personnes au chômage alors que nous avons tant de besoin de main d’œuvre à combler. Ce n’est pas juste de jeter des personnes de leurs maisons alors que nous avons beaucoup de personnes sans domicile fixe.
Nos marchés financiers ont un rôle important à jouer. Ils sont supposés allouer le capital et gérer le risque. Mais ils n’ont pas bien réparti les capitaux, et ont créé du risque. Nous sommes en train de supporter le coût de leurs erreurs. Nous vivons dans un système où les pertes sont supportées par l’ensemble de la société alors que les gains sont privatisés. Ce n’est pas le capitalisme; ce n’est pas une économie de marché. C’est une économie dénaturée, et si nous continuons comme ça, nous ne retrouverons pas la croissance économique, et ne réussirons pas à créer une société juste.»

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9 commentaires pour Amalgame politique et économique

  1. neil dit :

    C est siderant a quel point les amalgames sont utilises autant par les accuses et ceux du camp adverse pour etayer leurs reflexions.
    Mais bon on va dire que c est de bonne guerre.

    Prenons l exemple de la France, proximite avec ce pays oblige, les instruments financiers qui ont permis de financer la dette, des termes barbares comme les OAT (obligations assimilables au tresor) les BTF (bons du Trésor à taux fixe à intérêt précompté) et les BTAN (bons du Trésor à taux fixe à intérêt annuel) pourrait on se rememorer une seconde, sous quel gouvernement ce genre d outils financiers a ete cree?
    Surprise => Feu, Pierre Beregovoy (un socialiste comme par hasard)…et dont je salue la memoire au passage.

    Prenons l exemple du type du pays ou regne la finance sauvage, la mecque de la finance irresponsable et predatrice: j ai nomme les Etats Unis.
    « La Glass-Steagall Act est le nom sous lequel est généralement connu le « Banking Act de 1933 » aux États-Unis par lequel sont instaurés :
    l’incompatibilité entre les métiers de banque de dépôt et de banque d’investissement ;
    le système fédéral d’assurance des dépôts bancaires ;
    le plafonnement des taux d’intérêt sur les dépôts bancaires  »

    Merci Wiki🙂

    Devinez sous quel mandat cette loi fut abrogee? => Surprise again: Clinton!!! Un democrate…..dont un certain Stiglitz etait le conseiller economique.

    Mais bon fermons les yeux car les United States Of A n ont jamais connu pareille prosperite que sous Clinton……quitte a laisser pousser les germes d une crise quand on sait a quel point la separation des activites des banques est o combien importante!

    En clair, quand c est la gauche bien pensante et humaniste laisse libre cours aux fantasmes et aux caprices de la finance, ca passe, ou bien ca passe mieux parce que c est la gauche. Et la gauche ne peut pas etre le grand mechant loup dans l histoire, le predateur!!

    Allez prenons un exemple supplementaire pour bien mettre en exergue ce paradoxe:
    – Matthieu Pigasse, patron d une des banques les plus prolifiques de l hexagone (d ailleurs comme par hasard, fut une des banques conseilleres dans la crise grecque) => assume pleinement son appartenance a la gauche. Bon pourquoi pas hein finalement.

    Un lien qui vaudra ce qu il vaudra, neanmoins je partage entierement l analyse du chercheur:

    http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20110916.OBS0537/la-gauche-francaise-pionniere-de-la-deregulation-financiere.html

    Pour ma part, je tiens a preciser que je n approuve en rien les derives de la finance. Je ne cherche pas non plus a trouver des boucs emissaires a toute cette merde actuelle (meme si j ai ma petite idee la dessus cf. a nouveau population d ingenieurs qui ont quitte le monde industriel pour l appat du gain miroite par la finance. Sans integrite, on perd ses valeurs et on se denature soi meme hein! tout est lie🙂 ) .
    Ma contribution est de delimiter, a mon niveau et en toute humilite, les lignes de demarcation entre le bon grain et l ivraie.

    Le Danemark a invente la flexisecurite. les Suedois possede en leur sein des multinationales ultracapitalistes. Pourtant ca n empeche pas ces pays d avoir une approche sociale de la redistribution de leurs richesses.

  2. neil dit :

    D ailleurs en parlant de Berlin et du mur, ou en est l Allemagne aujourd hui?
    A moins de chercher la petite bete, on ne peut qu objectivement et factuellement remarquer la formidable bonne marche de l economie germanique.

    – Est la faute au capitalisme industriel si aujourd hui les modeles de la marque aux anneaux ou du constructeur de baviere se vendent comme des petits pains?…. »Tiens moi aussi j’veux une beheme! »
    – Est ce la faute au capitalisme economique si les PME allemandes sont les plus gros pourvoyeurs d emploi du pays, avant meme les grands groupes, et cela grace a leur capacite exportatrice donc des carnets de commandes bien remplis, synonyme d emplois?
    – Est ce la faute au capitalisme sportif allemand si adidas rime avec solidite fiabilite et prestige?
    – Est ce la faute au capitalisme technologique allemand si airbus a pu devenir un concurrent solide et serieux de boeing et de rendre des villes moyennes des deux cotes du rhin de veritables bassins d emploi.
    – Est ce la faute au capitalisme industriel germanique si des marques comme Bosch, VW, Ravensburger, Hugo Boss, Stabilo sont gages de qualite et de fiabilite?

    Je regrette mais je ne peux et je veux pas faire tomber dans l amalgame entre financiarisation (que je denonce) et le capitalisme economico industriel (que je defends).

  3. andrianjorar dit :

    Encore une fois Neil, je ne suis (enfin je ne pense l’être) pas politiquement à gauche ou à droite car cela n’a pas de sens pour moi. Ce sont des définitions restrictives et réductrices dont je ne peux m’encombrer si je veux essayer de comprendre la chose politico-socio-économique car encore une fois, ce qui m’importe, ce ne sont pas les dénominations mais les faits et leurs interactions.
    Maintenant faisons la part des choses.
    Je n’ai jamais dis que le modèle industriel n’a jamais marché, la preuve il marche encore pour les BRICS et les allemands dans certains secteurs. Et il marchera encore un certains temps pour un certains types de produits. Par contre, il a atteint ses limites aujourd’hui, non pas sur le plan technologique (là, il n’y a aucune limite) mais sur le plan humain. De plus en plus, on a du mal à accepter les différences de rémunération injustifiables et on se rend compte que le modèle du trickle down n’est qu’une illusion. Or la structure pyramidale est le fondement du modèle industriel. Maintenant que tu défendes ce modèle ne me gène nullement, je ne fais que constater ses limites. Sinon, est- ce que le modèle suédois est la bonne façon de mettre en oeuvre le trickle down model? Je n’en sais rien car je ne le connais point. Peut-être qu’il s’agit d’une lacune importante que je devrai combler😉
    Concernant la finance de marché, ce n’est pas l’outil en soit que je dénonce c’est l’usage qu’on en fait. Encore une fois, peu importe le nom qu’on lui donne, seule les faits importent. Alors que l’objectif initial du marché financier est d’arbitré sur les valeurs fondamentales des entreprises, aujourd’hui j’ai l’impression que c’est le scalping qui prend le dessus. D’où ma dénonciation. Aujourd’hui il y a des moteurs qui sont capables de lancer plusieurs millions d’ordres à la seconde (ce serait une des causes du plantage lors de l’IPO de Facebook) dont le seul but est de spéculer « discrètement » comme si on était des millions de petits opérateurs en opérant sur des marges de quelques cents.
    Quand aux décisions politiques, il n’y a pas à mon humble avis une décision qui soit à priori bonne ou mauvaise (à moins que ce soit une vraie ineptie mais c’est de plus en plus rare), donc on ne peut les juger qu’à l’usage. Le rôle des décideurs politiques est donc de prendre les décisions les plus justes et équitables possibles au bon moment, ce qui a rarement été le cas concernant les gros financiers dans le monde occidental.

  4. neil dit :

    🙂
    Je n ai pas l ombre d un doute sur ta capacite a apprehender les sensibilites de gauche et de droite en matiere economique et sociale, pas quelqu un de ton calibre😉

    Qu il soit denonce ici les malversations, les comportements prompts a la predation, la defaillance humaine et la cupidite sans limite de certains sous couvert des vertus d un systeme donne => rien a souligner a part stop, enough is enough. Je le confirme a mon tour et il n y a ambiguite aucune sur cette position.

    Maintenant, quand les etudes montrent que la confusion regne dans l opinion publique entre qui fait reellement quoi (une PME n est pas un groupe du CAC 40, capitalisme = finance, trader = banquier, banque d investissement = banque de detail), il est du devoir des acteurs directs ou indirects (bloggeur, essayiste, ecrivain, journaliste, politique, profs, educateurs, militant, experts) d afficher une rigueur totale dans leurs propos, dans leurs ecrits, dans leur communication. Et dans la forme, et dans le fond. C est d un imperatif vital a mon sens!

    Cet amalgame qui manifestement est subit doit s arreter!!

    => capitalisme financier (financiarisation de l economie) n est pas et ne doit surtout pas etre assimile au capitalisme industriel (economie reelle).

    Et la je te rejoins, reste problematique le facteur humain (manque d integrite peut etre??😉 )

    Une certaine discipline doit s imposer parce que je repete encore une fois, ce sont les generalisations qui ont amene ce monde dans les abysses de la haine.
    Je suis loin de dramatiser. Il suffit de se rendre compte des sentiments actuels de haine, de xenophobie attisee par certains esprits ignares, de refus et de la peur de l autre, du renfermement latent, des sentiments ambiants de peur et d inquietude exacerbes par la crise. Il suffit de se rendre compte cette mauvaise ambiance pour bien mesurer l enjeu d un discours solide, tant dans les dimensions lexicales que semantiques.

    Le modele industriel connait il ses limites aujourd hui?
    – d un cote avec la financiarisation de l economie reelle, la reponse naturelle est l affirmative.
    – d un autre, il suffit de regarder des pays comme la Pologne, le Vietnam, l Autriche, ou meme la region du Maghreb pour se rendre compte que non, ce modele a encore de beaux jours devant lui pour la simple raison qu il a du bon.

    Autrement, autant carrement remonter aux aieux des Rotschild pour porter la responsabilite de cette merde actuelle qu est la crise des dettes publiques!!! Non??

  5. andrianjorar dit :

    Juste concernant les limites des modèles : le moteur à combustion est toujours le premier moteur qui fait mouvoir la plupart d’entre nous alors que toutes les prévisions annoncent la fin du stock de pétrole mondial pour ce siècle. Souvent, on ne veut pas reconnaître l’évidence aussi. De beau jour mais pour combien de temps? Même l’oeil du cyclone est calme quand on ne veut pas voir le reste autour.

  6. neil dit :

    Une ressource, par nature n est pas inepuisable
    Un modele, a partir du moment ou il presente des avantages indeniables et reconnus, resistera (que l on aime ou que l on aime pas)……….jusque peut etre le jour ou un autre, adopte par le plus grand nombre, viendra prendre le relai. Et ainsi de suite.

    Aussi longtemps que l homme restera un etre ambitieux, au moins aussi longtemps resistera le capitalisme.

  7. andrianjorar dit :

    Ainsi parla Neil, le défenseur du capitalisme industriel😉

  8. neil dit :

    A quand un modele alternatif andrianjorar, je suis preneur faut pas croire hein😉

    et….ah oui, defenseur oui mais surtout de la liberte de moeurs!

  9. Ping : Il faut un autre modèle de développement | Mon Gasikara à moi : politique et développement

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