Apprendre des notions ou être opérationnel ?!


Récemment j’ai demandé à quoi pouvait servir d’enseigner l’économie ou la compta à des étudiants qui préparent une licence d’informatique. On m’a répondu que c’était nécessaire pour leur donner une notion et qu’il sache où chercher le cas échéant. Comme c’étaient des amis et qu’il y avait d’autres personnes, je n’ai pas pu exprimer pleinement ce que je ressentais sur le moment mais c’est la plus « grosse » explication que j’ai jamais entendu concernant les matières à enseigner. Mais comme ma maîtrise de la langue française est de plus en plus contestée par mon filleul et mes enfants, je suis quand même allé vérifier le sens du mot notion.

Une fois cette vérification faite, je peux maintenant dire que si c’est juste pour des notions il suffit de taper google ou wikipédia et c’est marre! Il ne faut pas trente heures pour cela à moins d’être totalement sénile, mais dans ce cas ils ne devraient pas être en fac mais dans un centre de rééducation, un hôpital psychiatrique ou un hospice de vieux apprenants.

Pourquoi emmerder les étudiants pendant 30 heures sur « la science du tirage au sort » et 30 autres heures à faire de la compta si c’est juste pour des « notions »? Ils ne sont pas dans une école d’informatique pour devenir des Amartya Sen ou des Joe Stiglitz. Ils veulent devenir des Bill Gates et des Steve Wozniak. Encore un de ces relents de la culture française ou les études supérieures doivent vous rendre omniscient. On ne peut être à la fois technicien opérationnel et philosophe se posant des questions sur tout, même sur les pets de mouche.

D’un côté ou demande aux étudiants d’être opérationnel à la sortie de la fac et d’un côté on leur bourre le mou avec des « notions » inutiles pour leur opérationnalité, il faut savoir ce qu’on veut! Si on veut qu’ils soient rapides, intelligents et ingénieux dans leurs matières, alors qu’ils baignent dedans à 1000% mais qu’ils ne dispersent pas leurs attentions su des flâneries intellectuelles.

Deuxième chose : l’attention coûte chère, que ce soit pour le prof, pour les étudiants, ou pour toute la société. Les étudiants pourraient améliorer leur apprentissage ailleurs sur des sujets connexes à leurs matières principales au lieu de perdre leur temps à faire semblant d’écouter des sujets qui ne les intéressent pas. C’est également 60 heures de cours que les profs auraient pu dispenser à des personnes qui s’y intéressent vraiment. Et c’est aussi 60 heures de salle de classe que d’autres auraient pu utiliser plus rationnellement pour apprendre l’informatique.

Parce qu’à ce rythme là on peut aussi inclure l’écologie, le commerce équitable, la mécanique quantique, le droit à la ville, la responsabilité de l’homme face à l’univers, le cycle sexuel des ovipares, les moteurs électriques, …. et la liste est longue.

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10 commentaires pour Apprendre des notions ou être opérationnel ?!

  1. neil dit :

    A raisonner sous un consideration exclusive d’efficacite, on serait tente de ne privilegier que l’operationnel, que l’on se situe a un niveau d’encadrement, ou a un niveau plus individuel (gagner sa place sur le marche de l’emploi).

    2 consequences directes et immediates:
    – nous serons peuples de tetes hyper pleines (ce qui dans l’absolu n’est en rien mauvais) qui permettront le developpement tous azimuts de l’emploi salarie.
    – autant mettre de suite une croix sur tout ce qui touche a la R&D, gage, faut quand meme le souligner de l’innovation, celle-ci meme garante d’un dynamisme, donc d’opportunite de croissance continue, donc d’emplois (qu’ils soient dans le hard ou dans le soft)

    En definitive, l’un ne va pas sans l’autre par contre……vaut mieux pour tous que l’autre succede a l’un dans l’ordre des choses😉

    • andrianjorar dit :

      Bonjour Neil,
      Ma réponse va être caricaturale : quand on est dans une équipe de R&D, si on a besoin d’une compétence qu’on ne maîtrise pas, on va chercher un spécialiste ou on achète carrément un module (ce qu’Apple a fait avec SIRI par exemple), mais on ne va pas demander aux membres de l’équipe de développer quelque chose sur laquelle ils n’ont que des notions.
      Maintenant si l’équipe est en manque d’inspiration, une recherche plus rationnelle sur des sujets connexes serait plus efficace que de tabler sur des notion aléatoires, non?

  2. neil dit :

    Tres certainement!

    L’interet, a mon sens, des notions aleatoires, en tout et pour tout, c’est d’etre un outil pour combler les vides dans les conversations…….
    Ton texte renvoie a un arbitrage qui n’est pas toujours aise a negocier ou que l’on se situe:
    – developper a fond la specialisation dans un domaine et en devenir expert, avec tous ses avantages
    – rester generaliste, un peu touche a tout, avec le handicap que ca represente mais surtout la perte de temps et de ressources en amont qui ne semble pas justifiee pour autant
    Pour qu’il existe toujours des medecins ou des ingenieurs generalistes, des sortants d’institut d’etudes politiques, c’est que les realites du monde economique exigent tantot une certaine « aisance » transversale en matiere de competences, tantot un niveau d’expertise absolu sur un domaine precis.

    J’aurai tendance a croire que le choix premier se fera en fonction de la nature meme de l’activite, de la branche, et du positionnement initial de l’acteur concerne (que l’organisation soit marchande ou non)

  3. andrianjorar dit :

    On demande a un philosophe d’appréhender transversalement le monde, à un administrateur d’avoir une vision systémique de sa société justement parce qu’ils ont pu auparavant amasser une quantité conséquente de connaissances pour faire des liens « transversaux », mais je ne crois pas qu’on puisse demander cela à des étudiants.
    Mais d’un côté tu as raison on a bien des « sortants généralistes » qui sont là pour donner des axes d’approfondissement.
    Après ceux qui veulent « combler les vides » comme tu dit pour embrouiller le monde, ça les regarde et ceux qui veulent bien les écouter

  4. neil dit :

    Non, on ne demande pas a un etudiant en premiere annee d’etude ou meme en master d’etre un Nietzsche, encore moins de prendre les renes d’un ministere……On suscite leur interet, leur reflexion…..une vocation….D’ou l’interet des stages tout le long des cursus (dans une perspective operationnelle).

    Une education digne de ce nom doit former a la fois des tetes bien pleines mais de preference des tetes bien faites. Une strategie qui privilegie une option au detriment d’une autre me semble bien hasardeuse et promise a l’echec…..pour l’etudiant et partant pour la societe.
    Quand le « savoir etre » prime de plus en plus sur les « savoirs » et « savoir-faire » a certains niveaux de responsabilite, les « notions » d’intelligence emotionnelle peuvent s’averer determinantes, autant sur l’output economique que social.

    Deux voire trois modeles educatifs (si on raisonne large) coexistent actuellement:
    – le systeme francais avec la dichotomie grandes ecoles et universites une fois dans l’enseignement superieur
    – le systeme anglo saxon ou les universites englobent tout (toujours dans le superieur)
    – enfin celui des nordiques (en perpetuelle evolution illustrant bien leur propre capacite d’adaptation aux contraintes d’un monde globalise)
    Je ne vais pas m’aventurer a evaluer quel systeme est le meilleur (les classements internationaux sont legions pour que je perde mon temps a me mesurer a ces derniers).
    Neanmoins, il y en a un ou deux qui semble « repondre » a la problematique soulevee ici.
    Le systeme des « majors » et « minors » a l anglo saxonne en ce sens est plus adapte pour « assouvir » cette soif d’operationnalite sans pour autant limiter voire contraindre l’etudiant qui a un certain sens de l’erudition a l’hyperspecialisation. Ce serait tuer l’oeuf dans sa coquille.

    Un tel systeme a quand meme du bon pour permettre aux predispositions intellectuelles et sociales propres a chacun d’eclore pleinement. Il offre egalement une « issue de secours » a ceux qui ont le sentiment de s’etre trompes de vocation. C’est pas rien.
    Quand on sait qu’une certaine Condoleeza Rice avait choisi pour major des etudes en musique pour etre nommee secretaire d’Etat plus tard, on peut serieusement considere que son cursus y est pour qqch. Quand on sait qu’un tel systeme permet a des etudiants en litterature de bosser dans la finance, il est a croire que les formations qui y sont dispensees ouvrent les portes et non les cadenassent. Ca a son importance.

    La reflexion qui meriterait qu’on s’y attarde serait de « Quelle mission et pour quel objectif l’education qu’on veuille prodiguer doit repondre? »
    L’Allemagne a clairement opte pour l’operationnel (filiere par l’apprentissage) afin de repondre a un besoin precis: perenniser et ettofer leur tissu industriel. Mission accomplie. Seul ombre au tableau, a une periode donnee, ils ont du « importer » des ingenieurs indiens pour s’occuper des « liens transversaux » vitaux a la bonne marche de la mecanique industrielle….Allons expliquer a une population fiere et en pleine confiance qu’ils ne sont pas assez bons parce que trop specialises!!

    • andrianjorar dit :

      La discussion porte sur une posture paradigmatique de l’enseignement donc si je comprends bien ou tu veux en venir. Mais les films qu’on regarde, les personnes qu’on fréquente, les personnes qu’on aime, les émissions qu’on écoute… sont autant de vecteurs de curiosité, pourquoi certains vecteurs doivent être contraint par des cours imposés de surcroît alors qu’on sait pertinemment que de tous les vecteurs, la motivation de l’étudiant est la plus importante.
      Ce qui m’amène à croire que, plus que « de susciter des intérêts » par des matières imposées, les études supérieures doivent apprendre des méthodologies de travail et d’analyse en travaillant sur le « major » qui intéresse l’étudiant. Ce sont ces outils et exercices mentaux, qui le moment venu devront aider l’ancien étudiant à tracer le chemin à suivre pour un besoin de changement.
      Pour Condy Rice, si elle a commencé il est vrai par le piano comme « major course », elle a en suite choisi comme major « international politics » dans le secondaire et son master est en sciences politiques et non en piano, si je ne me trompe Thanks wiki

  5. neil dit :

    Merci Wiki!🙂 C’est toujours mieux que de s’appuyer sur les ruines de lectures ô lointaine….
    Elle a choisi comme major International Politics, et donc? ……baaah, le systeme dans lequel elle a baigne a permis un tel grand ecart => on retombe sur nos pattes…..a moins que ta vision des choses n’ait pas fait le lien entre son parcours et le systeme qui a permis ce dernier (cette vision qui est la mienne n’enleve en rien ce que la dame a pu apporter du sien). Je ne suis pas certain que dans un cursus a la francaise (oui parce que j’ai evoque l’existence de 3 modeles et Mme Rice est un pur produit de l’un d’eux), tu puisses jouer ainsi sur plusieurs registres sans etre taxe de candidat indecis/ instable qui ne s’est pas penche sur son projet professionnel lors de la « defense » de ton CV aupres d’un recruteur….mais aussi de « perdre » une annee durant ton cursus parce que le systeme ne permet pas une telle souplesse.

    Tu dis on veut que les etudiants soient rapides, operationnels, intelligents au sortir de la fac….Oui mais la encore une fois, ca depend de quel modele (donc de quelle culture) il s’agit.

    Sinon, oui, je reponds a une reflexion paradigmatique de l’enseignement proposee par ton texte….non?

  6. andrianjorar dit :

    Mais cette absence de souplesse dans le modèle français justement engendre des impositions de matières qui ne sont pas forcément favorables à l’apprentissage de l’étudiant puisqu’on le contraint à suivre une matière sans son consentement (il ne peut pas choisir de le faire ou pas). D’où, perte de temps d’attention, d’influx et de passion.

    Je ne vais pas refaire la théorie de l’apprentissage et de l’acquisition de connaissance mais au delà du modèle, il y a le processus en lui même, que tous les modèles doivent considérer à mon avis.
    – La pratique travaille le réflexe et la mémoire courte afin de parfaire l’opérationnalité. C’est ce qui fait un bon joueur de tennis et un bon ingénieur.
    – La capacité analytique (qui n’est pas forcément la même pour un philosophe un mathématicien ou un musicien puisque chacun a sa grille d’analyse) s’acquière également par la pratique mais a un niveau plus systémique car il y a un effort supplémentaire d’abstraction et d’interprétation du vécu. Doit-on parler de métacognition mais en tout cas ça s’apprend encore jusque là. C’est ce qui fait la différence entre les bons et les meilleurs.
    – l’intelligence transversale est une dimension au dessus de la capacité analytique en terme de savoir (dans ma vision des choses qui n’est que ma construction intellectuelle bien sur). Cette dernière capacité, je ne pense pas qu’on puisse l’enseigner, du moins pas à tout le monde. C’est ce qui fait qu’un S. Jobs comprenne et sache faire réaliser au bon moment que l’assemblage d’une dose de design, de quelques pincées de technologies et de quelques kilo de marketing transformerait Apple en une des plus grosses capitalisations américaines.

    Selon cette vision donc, à aucun moment le fait d’imposer une matière rébarbative n’ayant aucune relation avec le sujet d’intérêt principal (major) ne pourrait apporter une amélioration au système d’apprentissage.

    Sinon, je t’ai envoyé un mail, sur une autre analyse😉

  7. neil dit :

    😉
    Une precision au passage: je ne fais en aucun cas l’eloge du systeme d’enseignement a la francaise. L’approche culturelle et academique a son origine du moins n’est plus adaptee a un monde qui ne laisse aucune place aux « non reactifs », aux « carrieristes » et encore moins a la generation Y hehe!!
    Ok pour l’intelligence transversale. Je rajouterai simplement que c’est une qualite (rare) requise pour celles et ceux qui sont amenes faire preuve de leadership. Naturellement, ca ne peut etre l’apanage de tout le monde. Ca ne s’acquiert pas comme tu l’evoques clairement.
    Attention cependant! Si Steve Jobs a su et a pu orienter le travail et les efforts de son equipe vers un objectif precis, c’est parce que son environnement de travail s’y pretait grandement.
    Les recits racontent qu’il a su s’entourer comme tout meneur qui allie efficacite, rigueur et fantaisie. Quand il est permis de se separer de maniere pas trop rigide d’un collaborateur qui ne fait pas l’affaire, a terme, on tombe bien sur la bonne personne! Ca peut paraitre comme un detail. Ca l’est moins quand d’autres doivent composer avec des passagers clandestins et autres tueur de business parce que la loi les protege.
    D’ailleurs, toujours selon les recits, l’interet suscite par la calligraphie a reveille voire catalyse la passion de l’illustre personnage pour se lancer dans cette belle aventure qui est la sienne.
    Si c’est pas beau ca, quoi d’autres pourrait-on blablater?

  8. Manampisoa dit :

    Bonsoir Messieurs,
    Je vais directement dire que mes quelques années chez Microsoft m’ont confirme que leur pragmatisme (les américains) dans leur esprit d’Entreprendre est phénoménalement et diamétralement opposé au LMD et tout ce qui s’en suit, naturellement leurs meilleures universités conduisent à faire des Champions d’une matière choisie et non des Champions de tout.
    Je peux dire en vivant actuellement à Paris que le champion français sortant de Pont et Chaussée doit pouvoir contredire tout sur n’importe quel sujet, à sa guise.
    Aux Etats-Unis, à l’image de certains ‘Présidents’, ils se taisent parfois, sur certains sujets car n’ont pas (perdu) passé du temps à s’y intéresser par forcing du corps professoral.
    J’en reviens donc à dire, que dans Microsoft ai pu cotoyer des merveilles de cerveaux sur des domaines assez pointus et qui n’aurait, mais jamais, pu me dire où se trouve l’ile de la Réunion .. où même La Corse !
    Là je m’arrête à de la simple géographie hors de leur langue et des frontières de leurs Etats Unis.
    En France, on titille sur nombre de sujets pour être sur de ne pas avancer sur le principaL🙂 !! L’héritage est lourd, ne croyez-vous pas …

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