Mon nationalisme à moi


Je ne suis pas un de ces intégristes du nationalisme, qui militent pour que le pouvoir économique au sein d’une nation revienne obligatoirement à des citoyens dudit pays. Je pense que ce genre de posture est réducteur, injuste et totalement archaïque. Mais on en parlera une autre fois.
Par contre, il existe un sujet où ma position rejoint celle des nationalistes : concernant la session et la location longue durée des terrains à Madagascar. Je ne connais pas les arguments des organisations comme Otrikafo ou autres, mais ce blog me permets d’exposer ma position en toute liberté alors je me lâche.

Tout le monde sait que le développement économique passe par la création de richesse, c’est à dire un différentiel favorable entre les dépenses et les recettes. Donc dans un monde libéral où la puissance financière s’est imposé comme la seule règle et le seul objectif, le comportement rationnel consisterait à créer le maximum de richesse en un minimum de temps car on sait que, toute opportunité est éphémère (concurrences, réglementations, risque d’échec dans le futur,…).

Ainsi, le dirigeant « compétent » d’une multinationale qui va investir à Madagascar (ou n’importe où), va donc « normalement » serrer les coûts au maximum (en commençant par les salariés) et négocier au plus serré pour minimiser les charges (impôts, charges sociales, …), et même s’il le  faut, « un peu » corrompre les dirigeants pour y arriver. Et si sa vision est sa compétence est bien globale, il ira faire sa marge dans un pays où la taxation sur ses marges sera minimale ou carrément inexistante.

Hormis la corruption, jusque là rien de blessant me diriez-vous ? Sauf que dans ce schéma, tout est absolument inique.

En premier lieu, en favorisant l’exploitation de la terre par des multinationales (que ce soit pour l’industrie d’extraction ou l’agriculture), on va laisser 9 chances sur 10 à la grande majorité des marges de  s’effectuer à l’étranger. Autrement dit, le gouvernement ne pourra pas taxer ces marges et le marché intérieur ne va pas bénéficier de cette marge qu’on va extraire de cette terre. Affirmation gratuite? Pas complètement. C’est vrai, je n’ai pas de données chiffrées sur le sujet car ce genre d’accord se passe toujours dans l’opacité la plus totale. En attendant, on procède par doute : principe de précaution diront certains. Moi j’appelle cela doute et méfiance.

Alors on va commencer par me parler de création d’emplois, de redevance pour l’État, de création d’infrastructures, de retomber sur les fournisseurs locaux de ces structures. Mais à cela j’oppose les points suivants :

  • Tous les soit-disant bénéfices et retombées qu’on évoque pour ce genre de modèle doivent être comparés aux avantages qu’on pourrait avoir si la structure était national. Celui qui osera défendre ce modèle après cela, sera très fort car jamais au grand jamais, les marges générées et effectuées à l’extérieur ne reviendront à Madagascar. Et il ne sert absolument à rien de multiplier le nombre d’investisseurs, si l’idée est de se prostituer pour attirer d’autres prédateurs, qui iront s’enrichir ailleurs.
  • Et bien sur, on va aussi m’évoquer la question de la dimension minimale critique pour être déterminant sur le plan international. Ma question est alors la suivante : le marché mondial des greffes d’organes est florissant puisque la demande y est largement supérieure à l’offre. Et en plus on ne sait pas encore bien greffer les organes à Madagascar; alors pourquoi ne pas encourager les 4mis et tous les pauvres à vendre leurs organes non vitaux aux services occidentaux spécialistes en la matière?

En deuxième lieu, la stratégie qui consiste à fournir seulement les matières premières est une stratégie pour les esclaves. Pourquoi ne pas intégrer la chaîne de transformation chez nous? La Chine récemment, le Japon il y a quelques décennies, bref tous les pays qui se sont développés l’ont fait, pourquoi pas nous?

En troisième lieu et plus particulièrement concernant la production agricole, la stratégie devrait d’abord être orientée vers la création d’un marché interne, alimenté par une production nationale dont le surplus pourra être exporté, et non l’inverse. Et cette création du marché interne doit permettre au producteurs d’accéder au marché sans se faire spolier par des intermédiaires. Je ne pense pas qu’il faille sortir de Harvard pour comprendre que, plus la création de richesse se fait au niveau micro (voir nano si telle est la dimension d’un être humain) économique, et plus le développement est équitable.

Et enfin, toute exploitation de la terre a un coût écologique à terme. Il est terrifiant de constater que nos dirigeants osent parler de développement durable, alors qu’ils acceptent de faire payer le coût écologique de l’exploitation de la terre à nos enfants sans qu’ils puissent en bénéficier de la majeur partie de la richesse extraite.

Vous auriez compris que je suis contre le fait qu’on cède l’exploitation de la terre sous n’importe quelle forme à des sociétés étrangères, tant que le paysan et la nation ne seront pas les premiers bénéficiaires des marges car nous seront les derniers comptables face à la nature et face à nos progénitures quand le jour des comptes viendra.

Zo RAR

Galerie | Cet article, publié dans Développement, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s