Démocratie, pouvoir fort et développement


L’Afrique, vous savez, le continent des Compaoré, Gbagbo, Khadafi, Rajoelina, Mugabe, … est un des continents où l’on adore le concept du pouvoir fort. Mais c’est aussi le continent le plus pauvre du monde. Et quand les africains crient leur misère à hue et à dia à toute la planète pour sensibiliser les plus riches, on a un mix  incommensurable « made in World Bank » : la combinaison d’un pouvoir fort et de la démocratie. Autant accoupler un coton de Tuléar avec une génisse d’Aquitaine me diriez vous? Tout à fait, mais ils l’ont fait pendant 30 ans, et ça s’appelait le Programme d’ajustement Structurel.

Constatant qu’après 30 ans d’appauvrissement continue, les africains ne trouvaient plus leur « blague » marrante, les institutions de Bretton Woods ont essayé d’analyser les résultats de leur modèle de développement sur le continent qui a été le berceau de l’humanité.

Ainsi selon les données des institutions de Bretton Woods en 2008, les pays africains qui ont réussi leur décollage économique sont : l’Afrique du Sud, la Tunisie et l’île Maurice; 3 pays sur 53! Et sur les trois, l’Afrique du Sud s’est hissé au premier rang de l’économie africaine pendant la politique de ségrégation raciale jusqu’en 1990 avec l’Apartheid, et la Tunisie doit sa réussite (selon les indicateurs des IBW) à un certain Ben Ali, président élu à 90% pendant 20 ans : le modèle irréfutable de la démocratie!

Au bout d’un certains temps, il a donc fallu constater l’évidence :

  • Les politiques d’ajustement structurels ont été un échec en Afrique et l’imposition de la démocratie au forceps n’a rien donné du tout en terme de développement.
  • Le concept africain du pouvoir fort est aussi efficace pour le développement qu’une prière pour modifier la trajectoire d’un cyclone.

Du coup, les têtes d’œufs de la BM et du FMI ont du se pencher sur le sujet (car ils sont quand même capables de le faire quand ils en ont envie) et ils ont alors commencé à comprendre après de longues et laborieuses études éminemment savantes, que pour que la démocratie soit un facteur déterminant dans la transition d’une économie sous-développée vers une économie en développement, il est indispensable que le pays en question puisse déjà disposer d’un seuil critique sur les points suivants :

  • Un secteur privé ayant une capacité d’initiative pour promouvoir le développement des PME. Cela nécessite obligatoirement :
    • Un effectif conséquent de population ayant un niveau d’éducation minimum pour analyser le marché;
    • Des moyens (financiers entre autres) suffisants pour pouvoir concourir et faire face à la concurrence.
  • Un équipement infrastructurel suffisant. Les infrastructures sont des vecteurs de développement et en ce sens, elles ne doivent pas être un frein ou une limitation. Il est à ce titre primordial par exemple que la mise en place d’un réseau d’internet efficace et l’accès public à la ToIP soit imposé dans l’intérêt de la nation.
  • Une politique sociale équitable qui permet le partage des fruits de la croissance et un service social minimum pour les citoyens.
  • Un système de contrôle efficient des pouvoirs. Autrement, toute forme de concurrence libre ou système basé sur l’égalité des droits resteront des vœux pieux inefficaces.
  • Un système financier fonctionnel. Pour cela, il faudrait d’abord que les organismes financiers aient une politique axés sur le développement de la capacité de production du pays, avec tout ce que cela comporte comme risque et non un système basé sur les seuls intérêts des actionnaires.

Mais qu’en est-il de la nécessité de cette fameuse démocratie?

En premier élément de réponse, il est intéressant de reprendre ici les remarques de Daniel Kaufmann, directeur du programme Gouvernance à l’Institut de la Banque Mondiale concernant la démocratie et le développement : « …L’analyse des preuves empiriques débouche, malheureusement, sur une réponse complexe…. Les effets à court terme de la démocratie sur la croissance sont ambigus…. Plus d’une dizaine d’études sérieuses ont été consacrées aux effets de la démocratie … un certain nombre d’études ont conclu qu’en moyenne, la démocratie n’avait pas d’effets majeurs sur la croissance… ». Pour résumer : la démocratie et la croissance à court et moyen terme : rien à voir.

Mais par contre, « …il en va autrement si l’on envisage la situation dans le long terme et en adoptant une vision plus large de la démocratie… » On est en droit de se demander si l’adjectif « long » ici fait référence à des unités séculaires ou géologiques car pour eux le court terme c’est 30 ans.

En deuxième élément de réponse, Eric Berr et François Combarnous concluent leur étude sur l’impact du Consensus de Washington sur les PED (*) en disant « Nous avons également montré que les pays appliquant fidèlement les recommandations du consensus de Washington, qu’ils aient un État fort ou non, n’avaient pas de meilleurs résultats que les autres, que ce soit en terme de croissance,- qui était l’objectif affiché des IFI (institutions financières internationales)- , de développement (IDH), ou de réduction de la dette. Pire, il apparaît que l’application du consensus de Washington est allée de pair avec une hausse des inégalités et qu’elle n’a pas permis aux PED de mieux s’intégrer dans le grand marché mondial en construction. Les IFI ont été conduites à infléchir leur discours, mais cette nouvelle rhétorique ne se traduit malheureusement pas encore en actes. Au moment où la Chine s’interroge sur la viabilité du modèle de développement occidental, la solution ne passe pas par une réforme du consensus de Washington, mais bien par l’avènement d’un autre développement, porté par les PED et répondant aux besoins des populations de ces pays. Pour cela, il est impératif de dépasser la vision occidentalo-centriste de ce concept. »

C’est quoi déjà le terme qu’on utilise dans de tel cas? Édifiant, c’est cela, édifiant! Quant à la nécessité d’un pouvoir fort, il va falloir demander aux tunisiens, aux égyptiens ou aux libyens son utilité.

Zo RAR

(*) : L’impact du consensus de Washington sur les pays en développement : une évaluation empirique par Eric Berr et François Combarnous Maîtres de Conférences – CED / IFReDE-GRES – Université Montesquieu Bordeaux IV

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