Remarque sur la vision politique de l’agenda


Ce document est très riche en recommandations, qui sont souvent bien argumentées et le seul bon sens souvent empêche de les rejeter.
Je suis cependant un peu perplexe que le lead economist de la BM pour Madagascar semble omettre deux sujets qui sont très souvent évoqués par les spécialistes du développement : le rôle de l’État dans les investissements en infrastructure et la fonction du marché intérieur.

Le rôle de l’État dans les investissements en infrastructure.

Les quelques auteurs et notes ayant travaillé sur le développement1 que nous avons pu lire à ce jour, évoquent le rôle capital du pouvoir (exécutif) dans la phase de croissance des économies en développement (Asie du Sud Est, Chine…). En effet, s’il est vrai que l’État doit en premier lieu assurer l’existence de cadre et d’environnement favorable pour que toutes les forces vives puissent travailler sereinement et pérennement, il doit également être actif quand le marché et le système de la concurrence ne donnent pas de résultat suffisant.

Ainsi, l’État responsable doit agir quand le marché et les acteurs privés sont déficients ou absents, et surtout quand les actions peuvent être bénéfiques et soutenables pour la Nation. Ces déficiences du marché peuvent être dues à des particularités économiques (payback trop long, risque trop élevé …) ou une situation politique défavorable (conditions politiques mal-classées par les agences de notation comme le cas de la Chine à son époque). Des auteurs comme Philippe Hugon ou un ancien de la BM comme Daniel Kaufmann ont montré qu’une telle intervention était largement plus efficace à court terme pour initier le développement d’un pays qu’une politique de démocratisation du pouvoir. Bien sur, il n’est guère question de renier la positivité de la politique de démocratisation, mais il est aujourd’hui démontré qu’à court terme, sa corrélation avec le développement est faible.

Concernant Madagascar, si des études peuvent être nécessaires par exemple pour valider la pertinence d’un investissement (ou facilitation d’investissement) dans des secteurs comme le transport ferroviaire, il existe des secteurs où l’intervention de l’État tombe sous le sens. C’est le cas des infrastructures touristique et de la production d’énergie hydro-électrique par exemple.

La production hydro-électrique. Pour cette dernière, la défaillance de la gestion au sein de la Jirama a été évoquée en même temps que la myopie des stratégies des politiciens pour expliquer le retard dans la mise en œuvre d’une politique d’investissement. Autant la défaillance des politiciens doit être aujourd’hui redressée par des campagnes « d’éclaircissement » de nos dirigeants, autant la première argumentation semble fallacieuse. En effet, que ce soit dans l’hydrocarbure ou la télécommunication, il a été démontré que l’introduction de la concurrence (qui ne doit pas forcement se terminer par une privatisation) permettait de rationaliser la distribution du produit et a fortiori, sa production. Étant donné les avantages de ces investissements pour le pays et les justifications que nous avons évoquées précédemment, tout argument pour retarder leurs mises en œuvre parait irrecevable.

Les infrastructures touristiques. Le cas de l’hôtel Andilana à Nosy be et les investissements du groupe Colbert à Antseranana et à Fort Dauphin démontrent que le marché du tourisme existe à Madagascar quand les infrastructures existent. L’État doit par conséquent initier les investissements sur des infrastructures de qualité pour développer le tourisme dans les réserves foncières constituées à cette fin sans attendre que le monde ne vienne se lamenter sur notre sort.

La fonction du marché intérieur.

Les auteurs qui ont travaillé sur le développement endogène sont unanimes :

  • le marché intérieur est toujours plus équitable dans la distribution des bénéfices de son développement que les marchés orientés vers l’exportation, qui ne bénéficient dans un premier temps qu’aux entreprises capables de faire face aux concurrences et aux barrières internationales.
  • Bien que parfois moins dynamique que le marché international en période de croissance, le marché intérieur est plus stable économiquement et socialement dans un pays en développement.

Il serait par conséquent plus pertinent pour un développement durable de travailler sur l’expansion de ce marché que d’axer la réflexion sur le faible coût de la main d’œuvre, qui n’est durable que si on envisage de réduire la main d’œuvre à l’esclavage sans aucune possibilité d’évolution.

Zo RAR

1J. Stiglitz, P Romer, R Barro, X. Sala i Martin par exemple.

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