Vision de la BM sur l’éducation


Note sur le document écrit par Patrick Philippe Ramanantoanina

Secteur de l’éducation : un effort concerté pour maintenir les acquis et rattraper les retards

Un stratégie qui s’améliore.

En 2001, la politique de la BM sur l’éducation à Madagascar était établie par le document « Éducation et formation à Madagascar » piloté par Mme Jee-Peng Tan. Ce document a écrit dans ses premières pages « …. un excédent de qualification, non seulement n’accélère pas le processus de croissance, mais il conduit inévitablement les plus formés au chômage et au sous-emploi, accroît leur insatisfaction et leur frustration, et ceci au prix d’un gaspillage des ressources publiques. » Et dire qu’elle a été payée pour écrire cela.

La déclaration mondiale sur l’enseignement supérieur pour le XXIe siècle » par la conférence internationale de l’UNESCO de 1998 est pourtant limpide sur le fait que l’enseignement supérieur remplit plusieurs missions importantes pour le développement économique et social des nations. Entre autre,  » L’enseignement supérieur contribue au progrès économique et social en permettant la formation endogène des ressources humaines indispensable à l’augmentation de la productivité, et la création de capacités nationales d’innovation nécessaires à la compétitivité internationale.1 »

Nous sommes heureux que cette grosse ineptie ait été rectifiée dans la dernière note de la BM car autant les besoins en formation professionnalisante sont nécessaires pour répondre aux besoins du marché, autant il est ridicule de l’opposer à l’enseignement supérieur.

On aimerait cependant que la politique éducative mette un accent plus important sur l’amélioration de la qualité et des moyens de l’enseignement supérieur pour la recherche. En effet, il est plus que temps que la recherche malgache participe à toutes les stratégies qui concernent le développement de ce pays afin d’arrêter de copier ou de subir bêtement les modèles des autres.

L’éducation : une construction dynamique et non plus une prescription académique.

Des centres de recherches comme le CERI2 ou le CNRS aujourd’hui ont démontré que le paradigme du « factory school » est dépassé dans la mesure où la qualité de l’enseignement qui y est reçu par les élèves est trop chère par rapport à son coût pour la société. Il n’est donc plus question de prescrire des manuels « universels » mais de transmettre des savoirs et des connaissances. Une telle construction se fait par la coopération de plusieurs chercheurs qui vont du Brésil au Canada, de l’Espagne en Chine, bref par une collaboration internationale dans la recherche.

Si nous voulons participer à cette construction, il faut commencer par faire exister la recherche à Madagascar. En effet, une partie importante dans cette société du savoir concerne la transmission des expériences et connaissances locales et le rapprochement des savoirs. L’empowerment de la recherche malgache est le modèle le plus rationnel aujourd’hui pour ne pas rester à la lisière de l’évolution de l’humanité tout en respectant nos propres cultures.

Cesser l’élevage des enfants en batterie.

La deuxième crainte concernant cette note est la politique d’équité dans l’éducation, qui prévoit de « consolider un Enseignement Primaire Universel (EPU) ». Une stratégie qui consiste à multiplier le nombre de classe primaire et les statistiques d’enfants scolarisés. Et pourtant le même document constate qu’entasser des élèves comme du bétail dans une salle de classe n’aboutit à rien de bon. On y reconnait également que la qualité des enseignants est trop basse à tous les niveaux. Mais le premier objectif dans le primaire reste encore et toujours la multiplication des salles de classe et la rétention des élèves.

En médecine, des cellules qui se développent de façon anarchique s’appelle un cancer. Quand ce dernier est généralisé, la métastase est en place et la mort est quasi certaine pour l’ensemble du système. Le bourrage de salle de classe et l’épandage d’enseignants inaptes sur tout le territoire sont des problèmes fondamentaux, qui engendrent de vrai cancer dans l’éducation. Alors pourquoi encore vouloir accélérer et rendre ce mal universel?

Autant il est noble d’espérer que tous les enfants aient le droit à une éducation (Éducation Pour Tous) autant la mise en œuvre catastrophique qu’on constate aujourd’hui est une traduction totalement opposée à l’idée initiale. L’objectif n’est pas de remplir des cases de statistique mais d’éduquer au mieux. Il faut par conséquent s’atteler à l’amélioration de l’existant et arrêter le développement d’un système reconnu comme désastreux pour éviter de multiplier encore plus d’iniquité.

La TIC est une réalité

L’apport de la TIC dans l’éducation aujourd’hui est déterminant surtout pour les structures défavorisées. Développer l‘e-learning et l’enseignement à distance contribueraient grandement à une plus grande équité de l’enseignement et une facilitation de l’amélioration de l’enseignement en général.

Selon Bates (1998) les apprenants du XXIème siècle qui ne pourront pas maîtriser tous les supports d’informations existants, équivaudront à des personnes qui ne savaient pas lire et écrire au XXème siècle.

Pour Hsi et Hoadley (1997) la présence d’ordinateurs dans les écoles et les classes contribue à réduire l’écart entre ceux qui disposent d’un ordinateur à la maison et ceux qui n’en ont pas. Sur le plan de l’équité, le fait que les communications numériques peuvent favoriser une participation plus équitable parmi les groupes défavorisés constitue un gain additionnel.

Au Canada, Thérèse Laferrière en collaboration avec Alain Breuleux et Robert Bracewell pour le Réseau des centres d’excellence en télé-apprentissage a produit un document sur les « Avantages des technologies de l’information et des communications (TIC) pour l’enseignement et l’apprentissage dans les classes de la maternelle à la fin du secondaire » (1999).Une mine d’information.

Il est aujourd’hui possible d’éviter à un enfant du fond de l’Androy de faire des kilomètres par jour avec des kilos de documents sur le dos pour rejoindre une salle de classe bondée et un enseignant qui ne dispose pas des compétences nécessaires pour lui transmettre les connaissances dont il a besoin. En mettant un netbook entre les mains de ces enfants et une politique de formation bien étudiée, nous pouvons faire un saut quantique en les mettant au même niveau que les enfants dans les meilleures écoles occidentales. Le rôle de la recherche malgache dans la conception et le suivi de la mise en œuvre en vu de l’amélioration du projet est ici fondamental pour éviter que le projet ne soit une énième dilapidation de bonnes intentions.

Réfléchir de façon systémique.

Il existe parfois des solutions simples en provenance des personnes concernées ou déjà existantes qui peuvent résoudre des problèmes qu’on pense souvent complexes car on ne se donne pas la peine de changer notre cadre de vision. Le développement rural et l’enseignement sur les mêmes lieux aujourd’hui sont deux sujets traités par deux ministères différents, qui ne se communiquent aucune information. Or aujourd’hui, on peut très bien former en même temps les adultes et les enfants pour améliorer leur situation générale dans un même cadre : le développement rural. Bien sur, cela ne pourra se faire par des instituteurs classiques ou des vulgarisateurs agricoles standard. Le modèle le plus rapprochant serait le père Pedro mais, une personne (ou une équipe) qui peut appréhender le système dans son ensemble. Et encore une fois, la recherche malgache doit jouer un rôle fondamental sur ce sujet.

1Dans le Rapport du groupe de travail co-présidé par Philippe Hugon et Gérard Winter, membres du HCCI et animé par Marie Claude Baby, conseillère au HCCI, rédactrice du rapport au PM français, adopté le 24 septembre 2002

2Centre for Educational Research and Innovation au sein de l’OCDE

Galerie | Cet article, publié dans Banque Mondiale, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s